Forêt de la Coubre (c)NicoLaRochelle

Notre Dame de Buze, un village enseveli dans le sud de la Charente-Maritime !

La France regorge de mystères et d'énigmes : le trésor des Templiers, le Masque de Fer ou encore la Bête du Gévaudan. Et bien moi, aujourd'hui j'aimerai vous parler d'une autre histoire : celle de Notre Dame de Buze, un village enseveli à quelques kilomètres de Royan ! Vous me suivez ?

Cet article est totalement différent des précédents. Il s’agira ici de rendre compte des résultats de mon enquête à la (re)découverte de Notre Dame de Buze, dont les vestiges on été totalement oubliés et laissés à l’abandon. Aujourd’hui Notre Dame de Buze est littéralement ouverte au quatre vents entre Ronce Les Bains et La Palmyre

Tout d’abord, j’ai réalisé un inventaire des principales informations disponibles concernant cet endroit.

Dans un second temps, je me suis rendu sur place à plusieurs reprises pour me faire mon propre avis sur les vestiges encore visibles. 

Et croyez-moi, ça vaut le détour ! avec cet article – rédigé sous forme de « carnet de bord » ou « compte rendu » (choisissez le terme qui vous plaira) – je veux vous embarquer dans cette formidable enquête qui a durée plusieurs semaines. 

Allez, c’est parti, je vous emmène avec moi à la recherche de la Cité Charentaise disparue à deux pas des plages de sable fin de la presqu’île d’Arvert …

La forêt de la Coubre est bordée par l'océan atlantique et par de nombreuses entourée de dunes (c)NicoLaRochelle
La forêt de la Coubre est bordée par l'océan Atlantique et entourée de nombreuses dunes (c)NicoLaRochelle

Une rencontre originale pour un endroit hors du commun

Aller à la découverte d’un patrimoine ancien et qui plus est d’un lieu enfoui et oublié de tous, est toujours quelque chose d’impressionnant et d’excitant à la fois. Personnellement, ça fait partie des moments qu’on oublie pas en tant qu’historien ! 

La première fois que j’ai entendu parler de Notre Dame de Buze, c’était le 6 juillet 2022, lors d’une collaboration avec l’Office de Tourisme de la Destination Royan Atlantique. Le site est situé en plein coeur du massif forestier de la Coubre. Après avoir longé un petit chemin blanc sur quelques kilomètres en fatbike entre les chênes et les sapins, me voici sur les lieux en compagnie d’un guide de l’Office de Tourisme de Royan. 

Le village de Notre Dame de Buze se gagne après un petit périple d'1 kilomètre environ à travers la pinède de la forêt de la Coubre (c)NicoLaRochelle
Le village de Notre Dame de Buze se gagne après un petit périple d'1 kilomètre environ à travers la pinède de la forêt de la Coubre (c)NicoLaRochelle

Quel endroit fantastique ! Imaginez : une pinède à perte de vue, un sentier de calcaire sur lequel se reflétait la lumière du soleil estival … sans oublier une odeur envoutante de sous-bois. 

Un vrai décor de vacances !  

Seulement, un détail à attiré mon oeil. Au centre de ce panorama idyllique et parfaitement plat : un grand coteau se dresse soudainement, comme une anomalie topographique (dans le paysage). Surprenant non : mais que diable faisait cette « bosse »  d’une quinzaine de mètres de hauteur au milieu d’un environnement sans le moindre dénivelé ? J’avoue qu’au départ j’ai pensé avoir mis les pieds sur un ancien tumulus antique

Que nenni : j’étais aux pieds d’un véritable … village FANTÔME et abandonné. Pour être franc, si le guide de l’Office de Tourisme ne me l’avait pas dit, je ne l’aurait pas cru. 

Voici la fameuse "butte" devant laquelle je me suis retrouvé au début du mois de Juillet : voici Notre Dame de Buze ! (c)NicoLaRochelle
Voici la fameuse "butte" devant laquelle je me suis retrouvé au début du mois de Juillet : voici Notre Dame de Buze ! (c)NicoLaRochelle

Où diantre étaient donc passés les bâtiments d’habitation, les matériaux de construction et les édifices municipaux qui constituent ordinairement un village ou un hameau ? Étant curieux de nature, j’ai décidé de gravir la colline. C’est ainsi, qu’après quelques explications je me suis rendu compte que j’étais au sommet de l’église de Notre Dame de Buze. Autrement dit, je marchais sur une ancienne toiture ! Dingue non ? 

La dune a totalement recouvert les lieux (nous en reparleront juste après). 

C’est parce que l’histoire et le destin de Notre Dame de Buze sont surprenants et intrigants, que j’ai décidé d’enquêter pour essayer de la faire revivre à travers cet article. Ainsi, c’est la tête remplie de questions (Pourquoi ? Qui ? Comment ?) que je me suis lancé dans cette belle aventure une fois de retour à La Rochelle … 

Dans les deux prochains points, j’aimerais vous raconter cette histoire mais aussi vous présenter mes investigations et les résultats de mes recherches. Vous me suivez ? 

Notre Dame de Buze : une histoire et un destin unique en Charente-Maritime !

Un village victime des défrichements médiévaux

Durant l’Antiquité et jusqu’aux prémices du bas Moyen-Âge (aux alentours du XIIIème siècle), la presqu’île d’Arvert – territoire du pays Royannais sur lequel Notre Dame de Buze a été édifié – n’est qu’un agrégat de marais et de terres inhospitalières. Ces marais étaient encerclés par deux estuaires, ce qui faisait de ces terres, des espaces très intéressants pour les échanges commerciaux par voies fluviales. Les marchandises circulaient à l’intérieur des terres charentaises par l’estuaire de la Seudre au sud et transitaient vers Bordeaux et le sud ouest par l’estuaire de la Gironde au nord.  

Représentation de la presqu'île d'Arvert au XIIème siècle (avec mention de Notre Dame de Buze et l'étang/rivière située juste à côté) - Archives départementales de Charente-Maritime (reproduction du XIXème siècle)
Représentation de la presqu'île d'Arvert au XIIème siècle (avec mention de Notre Dame de Buze) - Archives départementales de Charente-Maritime (reproduction du XIXème siècle)

Comme nous pouvons voir sur cet extrait de la carte de Cassini (XVIIIème siècle), l’espace appartenant aujourd’hui à la forêt de la Coubre s’est métamorphosé au fil des siècles. 

Notre Dame de Buze se situait dans une zone défrichée par l’Homme entre les XIV et XVIIème siècles (le dernier défrichement tarif a été fatal, nous en reparlerons plus tard). Autrement dit, pour assainir son environnement et gagner des terres cultivables et habitable, le royaume de France se lance dans un grand programme d’assèchement des maraichages et d’abattement des massifs forestiers. Les défrichement durent durant tout le Moyen-Âge (XVème siècle environ).

La presqu’île d’Arvert n’y échappe pas. En deux siècles seulement, le territoire est mis à nu et de nombreux hameaux et villages voient le jour. 

C’est dans ce contexte que Notre Dame de Buze sort de terre. Un défrichement a permis d’installer ce village ! 

Seulement voilà … à vouloir couper tout ce qui bouge, la population a scellée le sort de nombreux espaces littoraux. Tant et si bien qu’en l’espace de 200 ans, la plupart du littoral de la presqu’île se transforme petit à petit en désert

Autrement dit, le sable avance dans les terres et les dunes reculent.  Elles prennent le pas sur les marais et les bois qui bordaient l’océan. Ce phénomène nous est raconté par une expédition en France d’Élie Vinet en 1565. Ce dernier décrit l’état quasi désertique du territoire de la Courbe à la fin du XVIème siècle « une forêt déjà recouverte par le sable« . Cette désertification est accélérée par l’arrivée d’un dérèglement climatique généralisé en Europe au XVIIème siècle : le « Petit Âge Glaciaire« . Sous les règnes de Louis XIII et Louis XIV, ce ne sont pas moins de 12 hameaux et villages qui disparaissent sous le sable ! Fou non ? 

Vous l’aurez compris, ce sont donc les actions de l’Homme sur son environnement durant la période médiévale et un changement de climat qui ont bouleversés l’environnement de la presqu’île d’Arvert au fil du temps. Notre Dame de Buze en a donc fait les frais … 

Au final, d’après les recherches effectuées, il semblerait que le hameau ait été enseveli entre les XV et XVIIème siècles, d’après l’étude de Mr Bourricaud. Il est intéressant de constater que l’ensablement du village coïncide (d’après la carte ci-dessus), avec la création/l’ouverture d’un canal aux abords du village (Cf. le canal de la Coubre sur la carte ci-dessus). 

Visitons Notre-Dame de Buze !

Les premières traces du village apparaissent très tôt dans les archives médiévales. Notre Dame de Buze aurait été construite entre le XI et le XIIème siècle. En effet, c’est dans la Charte 3959 (drôle de nom pour un papier officiel ! 😂), rédigée par le seigneur de Mornac sur Seudre qu’on en retrouve la mention pour la première fois. Nous sommes alors en 1152 (ou 1122 selon certaines sources). 

Ce document nous explique qu’Adelard, seigneur d’une partie de la presqu’île d’Arvert, cède les terres de « Buze »  et le lieu-dit « La Chapelle » aux ermites de Cluny. Cette charte précise que les terres sont alors fertiles et recouvertes de bois de feuillus (chênes, érables, …). Nous sommes bien loin des plaines désertiques dont nous avons parlées juste avant. Par la suite, Notre Dame de Buze devient propriété de l’abbaye de Vaux sur Mer (l’abbaye est détruite en 1793 pour laisser place à l’église qu’on peut voir aujourd’hui). 

Après ces premiers constats, il est temps de partir à la recherche de l’ancien visage de Notre Dame de Buze : comment était-il composé ? Quels étaient ces habitants ? Tant de questions auxquelles je vais tenter de répondre dès à présent …

Un gros bourg médiéval très prospère ...

Notre Dame de Buze était située dans un environnement privilégié entre forêts giboyeuses et la baie d'Anchoisne qui fournissait les habitants en poisson (c)nico_la_rochelle

Notre Dame de Buze était un ermitage lors de ces premières années d’existance. Le hameau servait à prier la Vierge Marie. Le village ne devait alors pas être très grand (nous sommes aux XIIème/XIIIème siècles environ). 

D’après l’expédition de Mr Vinet au milieu du XVIème siècle, le village avait évolué. Ce dernier était composé de plusieurs habitations (nombre inconnu) faites de murs en pierres, de toits charpentés en bois et de revêtements en tuile plates. Notre Dame de Buze devait être prospère puisque le village détenait aussi 1 léproserie et 1 église de taille imposante appelée « abbaye » par Mr Bourricaud. Selon d’autres témoignage, cette « abbaye » aurait plutôt servit de « temple » protestant au moment de la propagation de la Réforme, mais cela n’est pas avéré avec certitude (source : Claude Masse lors d’une seconde expédition sur site en 1715). 

Une chose est certaine, ce petit bourg a évolué au fil des siècles et des changements sociaux du Royaume de France. Il faut dire que les environs étaient prospères. Mr Bourricaud nous donne une description très précise à ce sujet. 

Pour faciliter la compréhension, j’ai réalisé un schéma de l’environnement de Notre Dame de Buze au XVème siècle

Plan de situation de l'environnement de Notre Dame de Buze au XVème siècle d'après les écrits de Bourricaud (c)nico_la_rochelle - OpenMyMap.fr
Plan de situation de l'environnement de Notre Dame de Buze au XVème siècle d'après les écrits de Bourricaud (c)nico_la_rochelle - OpenMyMap.fr

Comme nous pouvons le constater sur cette carte montant l’environnement de Notre Dame de Buze au XVème siècle, le village était installé dans un endroit stratégique. Proche de La Tremblade et des Mathes, Notre Dame de Buze devait traîner une population assez importante (hypothétiquement composée d’agriculteurs et d’artisans dans la majorité des cas). Cette hypothèse est confirmée par les écrits de Mr Michel Chaigne dans son ouvrage « Le secret de Notre Dame de Buze« . Il s’agit certes d’un recueil de nouvelles régionales, mais cet ouvrage nous apprends des informations complémentaires qui pourraient être plausibles. 

Par exemple, d’après lui, le village de Notre Dame de Buze aurait pu contenir 1 presbytère. Toujours est-il que l’église devait être d’une taille significative pusiqu’elle permettait d’accueillir une centaine de personnes et elle avait un clocher. De plus un chapelain y aurait exercé quelques années au XVIème siècle. 

Le village avait de nombreux atouts : il était à quelques centaines de mètres (kilomètres ?) d’un immense étang aujourd’hui asséché. Ce dernier devait fournir une ressource en poissons assez importante. Il se transforme en canal dès le XVème siècle. Cette attrait de ce petit bourg se voit aussi par un début d’implantation de petites manufactures autour du village, dans les bois. Mr Bourricaud nous renseigne à ce sujet : une tuilerie aurait élue domicile au sud-ouest au milieu du XVème siècle. Les toitures étant en tuiles plates, nous pouvons émettre l’hypothèse que les habitants se fournissaient directement auprès de la manufacture ! Il y avait donc une économie locale en plein essor 200 ans avant la disparition de Notre Dame de Buze ! 

Le saviez-vous ?

D'après les écrits de Mr Chaigne, le clocher de Notre Dame de Buze était encore debout en 1562 lors de l'expédition de Mr Vinet !

Le panorama urbain de Notre Dame de Buze au XVème et XVIème siècles

Après avoir dressé les principales caractéristiques de Notre Dame de Buze et ses environs quelques décennies avant de disparaître sous le sable, j’aimerais vous faire visiter le village en lui-même d’après les différents témoignages de Mr Bourricaud, Mr Vinet et Mr Masse. Ce point sera légèrement plus court que les précédents, mais ce sera l’occasion pour moi de vous exposer mes hypothèses concernant l’organisation du hameau

Pour mieux comprendre la situation, reprenons une photo générale du site : 

Panorama de l'ensemble du site actuel en juillet 2022 (c)nico_la_rochelle
Panorama de l'ensemble du site actuel en juillet 2022 (c)nico_la_rochelle

Cette photo nous montre que le site se compose de deux parties distinctes : 

  1. Une partie inférieure, plate, sans dénivelé apparent. Elle est recouverte d’arbres et de pierres (nous y reviendront tout à l’heure dans la dernière partie).
  2. Une partie supérieure composée d’une bute, d’un chemin de sable montant au sommet. Le tout recouvert encore une fois d’arbres. 

Après cette première analyse, penchons-nous sur l’organisation du village : à quoi ressemblait Notre Dame de Buze ? Nous l’avons vu juste avant, il s’agissait d’un gros bourg comprenant une léproserie, une église/abbaye/chapelle (selon les versions), un presbytère, des échoppes marchandes et des maisons d’habitations. 

Concrètement, ça ressemble à ça

Plan de situation de l'organisation urbanistique du village tel qu'il devait était au XVIIème siècle (c)nico_la_rochelle (d'après les vestiges présents sur place)

Notre Dame de Buze s’organisait donc autour de son monument religieux. La chapelle/église/abbaye était le coeur du village. La partie plate devait être l’endroit où étaient situées les maisons d’habitations et les échoppes commerçantes. L’église est symbolisée par le point rouge : autrement dit, cette dernière a été totalement ensablée des fondations au toit. Ici encore, il n’en reste que quelques vestiges. 

Ce qui est frappant dans ce cas, c’est que le village a semble-t-il été déserté de ces habitants du jour au lendemain (où tout du moins très rapidement). D’après mes recherches, il semblerait qu’il se serait déroulé moins de 100 ans entre le début de l’ensablement et l’abandon complet des lieux. 

D’ailleurs, c’est à ce moment-là de mon enquête que je me suis posé les questions suivantes : que sont devenus les habitants du village une fois ce dernier abandonné ? Et surtout, comment ce village a-t-il été (re)découvert au fil du temps ? 

C’est à ces deux questions que je vous propose de répondre dès à présent ! 

 

Que sont devenus les habitants de Notre-Dame de Buze ?

Découvrir un village fantôme, ensevelis et abandonné c’est bien. Mais s’intéresser aux individus qui y ont vécu : ça c’est d’autant plus stimulant ! Après tout, ce sont eux qui ont fait vivre Notre Dame de Buze à travers les années et ces siècles d’existence. 

Tout d’abord, je n’ai pas trouvé d’informations précises en terme de nombre d’habitants dans le village. Mais d’après les vestiges retrouvés, et la taille de l’église j’estime qu’il devait y avoir entre 50 et 100 habitants à Notre Dame de Buze. 

Une réaction drôle et ingénieuse face à l'ensablement ...

Lorsqu’ils ont vu le sable arriver à l’issue des défrichements, ces habitants ont eu une drôle de réaction (ou du moins une réaction qui nous semblerait impressionnante aujourd’hui). Ils ont imité les escargots ! Autrement dit, ces derniers décident de partir en exode avec leurs effets personnels et … leurs maisons dans leurs bagages. Murs, toitures, charpentes, portes, fenêtres : en quelques années tout le monde déserte les lieux en démontant sa maison pierre par pierre

Seulement, cette pratique devait être assez courante puisqu’à l’issue des défrichements précédents, entre les XI et XIIIème siècles, les populations évoluent et se dirigent des campagnes vers les villes. C’est ce qu’on appelle en Histoire l’exode rural

Ce qu’il est intéressant de constater ici, c’est que cet exode rural a lieu 1 à 2 siècle après la période médiévale et en plein chamboulement climatique. En effet, pour rappel, Notre Dame de Buze aurait été abandonné aux XVème et XVIème siècles (et complètement engloutie le siècle suivant).

Flux d'exode rural durant le XVème/XVIème siècles (c)nico_la_rochelle avec OpenStreetMap
Flux d'exode rural durant le XVème/XVIème siècles (c)nico_la_rochelle avec OpenStreetMap

Cet exode rural, c’est encore Mr Bourricaud qui en parle le mieux. Dans ces écrits, ce derniers nous renseigne à ce sujet. Durant le XVIème siècle, les habitants de Notre Dame de Buze ne pouvant plus vivre sur leur territoire décident de prendre la route en direction du nord de la presqu’île d’Arvert. Plus précisément, ces derniers élisent domicile du côté de La Tremblade, près du Pertuis de Maumusson (aux alentours de l’actuelle Plage du Galon d’Or). Les habitants décident d’ériger un nouveau hameau : il portera le nom d’Anchoisne. Pour la petite anecdote, ce nouveau hameau sera en partie recouvert par la dune lui aussi quelques décennies plus tard. Décidément … pas de chance ! 

D’ailleurs, petite remarque : lorsqu’on arrive sur le site aujourd’hui, nous ne retrouvons que très peu de traces des tuiles et des charpentes. Ce fait démontre bien que ces dernières ont été déplacées ailleurs. 

L'abandon et les (re)découvertes du village au fil des siècles

Extrait de la carte de Cassini (1756-89 - feuilles étamées sur plaques de cuivre (Géoportail.gouv.fr). Cette carte nous montre le paysage et l'environnement de la presqu'île d'Arvert au XVIIIème siècle, époque à laquelle le village était enfoui sous les dunes
Extrait de la carte de Cassini (1756-89 - feuilles étamées sur plaques de cuivre (Géoportail.gouv.fr). Cette carte nous montre le paysage et l'environnement de la presqu'île d'Arvert au XVIIIème siècle, époque à laquelle le village était enfoui sous les dunes

À l’issue de l’installation des habitants à Anchoisne, Notre Dame de Buze tombe dans l’oubli et s’endort petit à petit. Cependant, ce village a une particularité : il a été ensablé et découvert à trois reprises au court de son histoire ! 

  1. D’après mes recherches, Notre Dame de Buze a d’abord été découvert en 1633 par Côme Bechet, notable habitant à Avert passionné d’archéologie et avocat au parlement de Paris. La légende de Notre Dame de Buze n’étant connue seulement par voie orale et tradition, le notaire décide de mener ses propres investigation directement sur le territoire de l’actuelle forêt de la Coubre. Mr Béchet ne trouve alors que des gravats
  2. Il faut attendre 1810, lors de la création de la nouvelle forêt de la Coubre par Médéric de Vasselot de Régné pour que les ruines du village de Notre Dame de Buze soient remis au goût du jour. Par souci de praticité, les vestiges sont recouverts et la forêt est replantée au-dessus sans ménagement. 
  3. 150 ans plus tard, un ultime chantier de fouilles est entreprit par la municipalité mais sans résultat. L’objectif était de déblayer l’ensemble de La Chapelle/abbaye. Seuls les fonds baptismaux ont été exhumés et sortis du sable. Ces derniers se trouvent depuis les années 1960’s au sein de l’Église des Mathes à quelques kilomètres de Notre Dame de Buze.  

Les (rares) vestiges de Notre Dame de Buze

Rassurez-vous, même si depuis le début de cet article je ne vous montre pas grands chose de concret en dehors de plans et cartes … j’ai pu retrouver quelques vestiges attestant de l’organisation de Notre Dame de Buze et de son organisation. 

Dans cette dernière partie, je vous propose un inventaire des éléments qui nous sont parvenus et encore visibles en 2022. C’est parti ! 

J'ai retrouvé les fonds baptismaux !

Les fonds baptismaux sont présents dans l'église des Mathes à l'est de la presqu'île d'Arvert (c)nico_la_rochelle
Les fonds baptismaux sont présents dans l'église des Mathes à l'est de la presqu'île d'Arvert (c)nico_la_rochelle

Les fonds baptismaux, en voilà un drôle de mot ! Il s’agit simplement d’une cuve destinée à recevoir l’eau bénite pour la cérémonie du baptême. Ces fonds baptismaux peuvent prendre plusieurs aspects selon la richesse de l’édifice religieux pour lequel il a été réalisé. Par exemple dans le cas de Notre Dame de Buze, les fonds baptismaux sont en pierre calcaire. Il s’agit d’une pierre tendre qui s’effrite et s’abime rapidement. D’où les callosités et irrégularités tout le long de la cuve.  

La cuve daterait du milieu du XVème au début du XVIème siècle. De forme circulaire et mesurant 1m de hauteur environ, elle représente un octogone (8 face ont été sculptées à 45° chacun). 

Le saviez-vous ?

Ce n'est qu'à partir du XIIème siècle que l'Église chrétienne décide de commencer à baptiser les enfants. Jusqu'alors ce n'était qu'un sacrement destiné aux adultes ! Fou non ?

Pieds de l'autel (XVIème siècle) (c)nico_la_rochelle

Les fonds baptismaux ont été posés sur un socle qui est en réalité l’ancien autel exhumé lors des 3ème fouilles dans les années 1960. Ce socle est aussi taillé sobrement dans du calcaire. Cependant, il est important de mentionner un état de conservation optimal. 

La cuve détient un orifice d'évacuation de l'eau une fois le rituel effectué (c)nico_la_rochelle
La cuve détient un orifice d'évacuation de l'eau une fois le rituel effectué (c)nico_la_rochelle
Traces de corrosion dues à l'utilisation d'eau bénite (c)nico_la_rochelle
Traces de corrosion dues à l'utilisation d'eau bénite (ou un enduit apposé) (c)nico_la_rochelle

De plus, un autre élément m’a surpris lorsque j’ai vu cette cuve : il semblerait qu’une restauration ait été faite à l’endroit où est présent l’orifice d’écoulement des eaux. En effet, nous pouvons observer une sorte d’enduit grisâtre tout autour du trou : aurait-on utilisé du ciment pour consolider les fonds baptismaux lors de son extraction afin d’éviter que ce dernier se brise ? C’est possible, mais cela reste une hypothèse, rien n’est moins sûr. 

Cependant, j’ai pensé à une autre explication. Il pourrait également s’agir d’un enduit de protection posé à l’origine (XV/XVIème siècles afin d’éviter la corrosion de la cuve). Ce dernière étant taillée dans une pierre calcaire (qui est un minerai tendre), le tailleur a peut être souhaité la protéger de cette manière ?

Lors de mon inspection des fonds baptismaux, j’ai pu retrouver d’autres traces d’un supposé enduit (voir photo 2 ci-dessus). Ainsi, les bords de la cuve et l’orifice auraient été enduits de par une sorte d’onguent. 

Seulement, ces affirmations ne sont que des hypothèses. En effet, je peux proposer une troisième solution beaucoup plus simple pour répondre à cette énigme. Ces traces grises pourraient provenir de l’utilisation outrancière de l’eau bénite qui est composée en partie de particules de charbon ! Autrement dit ce serait la preuve que de nombreux baptêmes ont eu lieu à Notre Dame de Buze au fil des siècles. Le charbon présent dans l’eau bénite aurait pu créer un dépôt (ou laisser les traces que nous voyons encore aujourd’hui ).

Dépôt de sel et corrosion du calcaire formant de la rouille au fond de la cuve (c)nico_la_rochelle
Dépôt de sel et corrosion du calcaire formant de la rouille au fond de la cuve (c)nico_la_rochelle

Enfin, je ne peux achever ce petit passage consacré aux fonds baptismaux de La Chapelle de Notre Dame de Buze sans parler d’un phénomène naturel et très intéressant dont nous pouvons encore retrouver les traces actuellement. 

Vous voyez ces traces rougeâtres ? Et bien il s’agit de rouille naturelle. Mais comment cette dernière est-elle arrivée ici ? 

Je vous rassure de suite, la cuve n’a pas servie à faire dégorger des tonnes de métaux ni à faire la vaisselle pour tout le village. Il semblerait que les habitants de Notre Dame de Buze aient utilisés de l’eau salée qui, au contact de l’enduit, ait créé au fur et à mesure un dépôt de rouille. En effet, l’eau salée au contacte d’une eau calcaire créé des résidus/traces de rouille

Ainsi, ces traces que nous pouvons encore apercevoir nous indique que cette dernière à servie de à de nombreuses reprises. L’eau bénite étant complétée par du sel, cette dernière a créé les dépôts et les traces de rouille ! 

Les ruines de Notre Dame de Buze : cicatrice d'un patrimoine laissé à l'abandon ...

Depuis le début de cet article, nous avons observé à la fois le contexte et l’environnement du village puis, j’ai essayé de vous matérialiser son organisation urbaine. 

Mais concrètement, que pouvons-nous encore apercevoir comme vestiges une fois arrivé sur le site ? 

C’est ce que je vais vous expliquer dans ce dernier point. Ayant dévoiler de nombreuses informations, j’aimerais laisser plus de place ici aux visuels. Les textes seront donc plus discrets ! 

Les restes d'une église au centre du village !

Comme je l’évoquais plus haut, l’église est aujourd’hui totalement enterrée et recouverte par la végétation et la dune. Il faut donc monter le long d’un petit sentier pour arriver sur ce qui est le toit. Autrement dit : on rentre par le haut ! 

Après quelques dizaine de mètres d’ascension, j’ai pu découvrir les restes de ce qui pourraient ressembler à une voute de pierre et à des vestiges d’une toiture de tuiles plates. Le promeneur arrive donc au-dessus de ce qui semblerait être soit la nef centrale de l’édifice ou le choeur

Petite remarque : ce serait par cet orifice que les fonds baptismaux et le socle d’autel auraient été sortis et déplacés. 

Pour mieux comprendre les choses, je vous ait fait un petit schéma

Voici les vestiges d'une voute de La Chapelle de Notre Dame de Buze (c)nico_la_rochelle
Voici les vestiges d'une voute de La Chapelle de Notre Dame de Buze (c)nico_la_rochelle

Un village médiéval réduit à un tas de cailloux ...

Après avoir exploré le haut de la dune artificielle, redescendons sur le plancher des vaches. Arrêtons-nous à ses pieds pour admirer les monticules de pierres laissées au sol. 

D’après l’ouvrage de Mr Chaigne (dont nous parlions plus haut), le nombre de pierre visibles était plus important au début des années 1990. Et témoigne la photographie en noir et blanc ci-contre trouvée à la médiathèque de La Rochelle. 

Il y a 30 ans, les pierres étaient encore alignées et le visiteurs pouvait imaginer les bases de murs d’habitations

État de conservation des ruines des fondations des habitations de Notre Dame de Buze (c)Michel Chaigne "Le secret de Notre Dame de Buze", autoédition, 1996, p.33 - CA 76939C (Médiathèque Michel Crépeau)
État de conservation des ruines des fondations des habitations de Notre Dame de Buze (c)Michel Chaigne "Le secret de Notre Dame de Buze", autoédition, 1996, p.33 - CA 76939C (Médiathèque Michel Crépeau)
État d'une partie des vestiges du village de Notre Dame de Buze (c)nico_la_rochelle
État d'une partie des vestiges du village de Notre Dame de Buze (c)nico_la_rochelle

Hélas, comme vous allez le voir plus bas : les vestiges de Notre Dame de Buze souffrent des affres du temps et tendent à disparaître de nouveau. Comme si la dune souhaitait engloutir de nouveau ce village. 

Néanmoins, ce qui m’a frappé lorsque je suis arrivé sur place c’est la disposition des pierres sur la gauche du site. Nous sommes à mi-chemin entre un « tas de cailloux » et les bases d’un édifice

Pour s’en rendre compte, voici un schéma explicatif

Schéma hypothétique d'une maison/grange/échoppe de Notre Dame de Buze suivant le tracé des fondations retrouvées sur site (c)nico_la_rochelle
Schéma hypothétique d'une maison/grange/échoppe de Notre Dame de Buze suivant le tracé des fondations retrouvées sur site (c)nico_la_rochelle

Comme vous pouvez le voir, à Notre Dame de Buze, c’est un peu comme acheter une maison sur plans : il faut pouvoir/savoir se projeter pour imaginer ce que pouvait être le bâti aux XV et XVIème siècles ! Je vous ai représenté cette maison sur la base de l’installation des pierres au sol. 

À mon sens, au vu du poids de ces dernières, il s’agit de là de leur disposition originelle. Peut être s’agit-il d’une échoppe, d’une maison collée à l’église située quelques mètres plus loin ou encore le fameux presbytère évoqué par Mr Chaigne ? 

Je vous avoue qu’il est impossible de répondre à cette question, je vous laisse maître de votre imagination. 

Ce qui est assez troublant c’est que sur l’ensemble du site, les pierres paraissent éclatées. Ce qui correspond bien à cette hypothèse de déplacement des populations avec leur maison « sous le coude » lors de l’exode du XVIème siècle vers Anchoisne. 

Vestiges d'habitations (identification impossible) (c)nico_la_rochelle
Vestiges d'habitations (identification impossible) (c)nico_la_rochelle
Vestige de ce qui semblerait être un puit (ou un stock de vivres de forme circulaire) (c)nico_la_rochelle
Vestige de ce qui semblerait être un puit (ou un stock de vivres de forme circulaire) (c)nico_la_rochelle

Et voilà, notre voyage dans le temps s’achève ici. J’espère que cet article vous aura plu malgré un format différent de l’habitude

Comme j’ai eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises ici, enquêter sur un patrimoine quasi « inexistant » est un exercice assez compliquéAutant rédiger et travailler sur un château, un village encore bien debout est quelque chose d’habituel en tant qu’historien … 

Mais sur un village, perdu au fond d’un massif forestier de 8000 hectares et englouti par le sable depuis le XVIème siècle : c’est inédit pour moi !

Ainsi, dans cet article, j’aurai essayé de vous emmener à la découverte de Notre Dame de Buze, petit bourg médiéval tombé dans l’oubli au fil du temps. 

Le redécouvrir pour la quatrième fois au gré des archives aura été un vrai plaisir. N’hésitez pas à me donner votre avis en commentaire ! 

Author: Nicolas

15 thoughts on “Notre Dame de Buze, un village enseveli dans le sud de la Charente-Maritime !

  1. Vraiment très interessant.
    L ‘histoire de ces villages détruits ou disparus fait partie de notre patrimoine, autant que la grande Histoire.
    Merci

    1. Bonjour Cécile !

      Merci pour ce gentil commentaire. c’est génial si l’article vous a plu. Le but ici était de vous immerger au plus prêt de ce qu’était Notre Dame de Buze avant de disparaître. Certes, pour cette fois je ne pouvais pas faire pléthore de photos mais j’espère que vous avez pu avoir une bonne vision d’ensemble du village 🙃.

      Comme vous dîtes, la Grande Histoire est très intéressante mais sans la « petite » histoire (appelée aussi « micro-histoire ») faite de petites anecdotes, il n’est pas possible de comprendre les grands évènements qui ont eu lieux au fil des siècles.

      C’est ce que je m’essaie de faire au maximum que ce soit ici que le blog ou sur mon Instagram !

      À très bientôt et merci pour votre fidélité 🙂

    1. Bonjour !

      Avec grand plaisir. Je suis heureux si cette petite enquête vous a plu.
      Merci pour ce commentaire et pour votre fidélité !

      À bientôt 🙂

  2. Impressionnant et intéressant ! J’ai du mal à me projeter donc là jsuis pas d’accord avec l’architecte qui me dit c’est ici la salle de bain 🤣 dommage qu’on y voit pas plus de vestiges (pour moi en tout cas qui me projeter pas bien sans un début de visuel) mais vraiment une drôle d’histoire pour se village ! Peut-être un jour là d’une sera t’elle soufflée et nous verrons renaître l’église ou du moins ce qu’il en reste ! Ce serait encore plus impressionnant ! Merci Nico pour la balade 😊

    1. Bonjour !

      Oh merci pour cet adorable commentaire. C’est vrai qu’il faut pouvoir se projeter car pour le coup les vestiges sont sous terre pour la plupart. C’est la raison pour laquelle j’ai essayé de rendre le tout assez « visuel » et imaginable avec les témoignages, les schémas ou encore les descriptions retrouvées en archives. Malheureusement je ne pouvais pas prendre une pioche ou une pelle pour creuser puisque le site est protégé. De plus je ne pense pas qu’une fouille « secrète » ait été appréciée par l’Agence Nationale des Forêt dont dépend le site 😂.
      Toujours est-il que je suis très content si ce nouvel article vous a plu !

      À bientôt et merci pour votre fidélité

  3. Bonjour Nicolas,
    Je viens tout juste de lire votre article. Quelle belle page d’histoire ! Et quel travail aussi !
    Merci beaucoup, c’est très intéressant et surtout très vivant.
    Merci pour ce dépaysement !
    Nathalie

    1. Bonjour,
      Normalement je viens de faire le nécessaire, seulement votre prénom est censé apparaître dans le commentaire 😀. D’ailleurs, je vous remercie, votre retour sur mon travail me touche énormément. Je suis heureux que cet article vous ai plu !

  4. Je viens tout juste de mettre un commentaire, mais du coup, je voudrais que mon prénom apparaisse uniquement.
    Je change du coup les champs obligatoires, j’espère que ça fonctionnera. Désolée… Et merci de ne faire apparaître que mon prénom du coup.
    Bonne journée,
    Nathalie

    1. Bonjour !
      Entendu, seul votre prénom apparaît, je viens de procéder aux modifications 🙃.
      Belle journée à vous aussi et merci pour votre fidélité.
      Nicolas

  5. Merci Nicolas !
    Je suis arrivée dans la région cet été pour m’y installer définitivement. Quel bonheur d’être ici ! Vos partages vont à coup sûr m’aider dans la découverte de cette belle région 😊 !
    Merci encore !
    Nathalie

    1. Bonjour Nathalie !
      C’est vraiment gentil, j’espère que vous pourrez (re)découvrir cette magnifique région à travers mon blog. N’hésitez pas à me faire vos retours régulièrement 🙂.
      À très bientôt

  6. Bonjour,
    Je me suis installé aux Mathes en juillet 2021, et cette « histoire » de Notre de Buze m’a toujours intrigué, aussi je suis allé voir sur Wikipedia, et je suis resté sur ma faim….!
    J’ai continué a chercher, et suis tombé sur votre blog.
    C’est très intéressant.
    Entre autres , on s’aperçoit que les erreurs du traitement de notre environnement ne datent pas d’hier, mais si à l’époque il s’agissait de vivre ou survivre en rendant des terres cultivables.

    Merci pour ce travail.

    1. Bonjour monsieur Corbel !

      Je vous remercie sincèrement pour ce commentaire très riche et constructif. Je suis enchanté de voir que mon article sur Notre Dame de Buze vous ai plu. C’est vrai qu’excepté une page Wikipédia et 1 ouvrage, les sources concernant ce village ne font pas légion. De plus, certains documents et certaines informations on dues être cherchées en archives (ce qui peut rendre l’accès à l’information très compliqué pour certains si l’on n’est pas historien).

      Toujours est-il, si vous souhaitez en apprendre plus sur l’Histoire et le territoire de La Rochelle et la Charente-Maritime, n’hésitez pas à me suivre également sur Instagram (@nico_la_rochelle). Je propose du contenu historique, culturel et patrimonial en complément des articles/balades mises en ligne sur le blog.

      Belle journée à vous !

      Nicolas

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