Exposition Coloniale de La Rochelle 1927

La Rochelle en 1927 : village Africain et Exposition Coloniale dans l’Entre-Deux-Guerres

Selon France Infos, La Rochelle est le second port colonial en France (derrière Nantes qui caracole en tête) entre les 17ème et 19ème siècles. En effet, on estime que ce ne sont pas moins de 130 000 esclaves qui transitent à bord de 427 navires négriers rochelais durant plus de 200 ans.

Mais la colonisation ne s’arrête pas avec la Révolution à la fin du 18ème siècle. Il s’agit d’un phénomène et d’un processus économique beaucoup plus large et qui perdure dans le temps jusqu’aux méandres des années 1960’s pour la France (l’Algérie est le dernier département français à prendre son indépendance en 1962). 

Ce serait mentir de dire que le système et l’organisation coloniale n’ont pas profité à l’expansion de la France – et ce quels que soient les régimes politiques. En effet : les territoires colonisés servaient – entre autre – de support à la démonstration de la puissance des Nations lors de diverses tensions tout au long du 19ème siècle.  

Cette puissance des États se retrouve notamment dans les grandes Expositions Coloniales organisées dès les années 1880’s dans les plus grandes villes d’Europe.

Bien entendu, en dehors de ces constats qui pourraient paraître réjouissants, il n’est pas question ici de légitimer ou de justifier le processus colonial. L’enjeu de cet article est d’essayer de raconter le plus fidèlement possible et sans parti pris le déroulé et l’organisation d’une exposition coloniale à l’échelle locale. 

Pour se faire, je vous donne rendez-vous à La Rochelle durant l’été 1927. Pendant 2 mois, cette ancienne cité Négrière a été le point de chute de l’expression de la France coloniale. Autrement dit, l’Exposition Coloniale de La Rochelle était une véritable célébration des colonies auprès de nombreux visiteurs

Allez, remontons-le temps, je vous emmène avec moi. Vous me suivez ?

La colonisation en France et à La Rochelle

En 1885, le continent Africain est découpé entre différentes puissances européennes. Les différents royaumes entrent dans 80 ans de colonisation.

 À la fin des années 1920’s, avec 10 millions de kilomètres carrés, la France est un territoire gigantesque (l’un des plus étendu d’occident). Alors qu’en métropole on comptabilisait près de 40 millions d’habitants, si l’on additionne l’ensemble des possessions coloniales, au début du siècle dernier, l’ensemble des individus vivants sur le territoire français était de 100 millions. 

La Rochelle : une ville portuaire au coeur de la Seconde Colonisation française

Comme dit précédemment, les Expositions Coloniales sont un bon moyen d’affirmer la puissance d’une Métropole et de légitimer son rang de puissance à l’échelle mondiale. Concernant la France, on estime qu’il y a eu 10 expositions entre 1866 et 1948Dans l’ordre il y en a eu : 3 à Paris, 1 à Rouen, 1 à Lyon, 1 à Marseille, 1 à Strasbourg, 1 à Rochefort et 1 à La Rochelle. 

Exemple d'une affiche promotionnelle de l'Exposition Coloniale de La Rochelle en 1927 (c)Médiathèque de La Rochelle (estampe - Cote 0 FI 58)
Exemple d'une affiche promotionnelle de l'Exposition Coloniale de La Rochelle en 1927 (c)Médiathèque de La Rochelle (estampe - Cote 0 FI 58)

À travers ces grands évènements coloniaux, le gouvernement Français souhaite asseoir la crédibilité de la IIIème République. À l’issue de la défaite de Sedan contre les allemands, on veut redorer le blason de la Maison France. Ce regain de crédibilité passera par la célébration des colonies ! 

Au début des années 1920’s, selon les autorités de l’époque, les bénéfices de la colonisation sont multiples. Ils sont définis clairement dans le discours de Mr Léon Perrier, Ministre des Colonies, lors de l’inauguration de l’Exposition Coloniale de La Rochelle. Selon lui, cette dernière doivent mettre en avant « (…) les ressources puissantes que la France pourra tirer de ses domaines d’Outre-Mer dans son soulèvement matériel, économique et financier« . Sous entendu : ces expositions sont une occasion de démontrer le « soft-power » de la France à travers les richesses que lui offrent ses domaines coloniaux. Selon lui, ces évènements doivent aussi permettre de « (…) faire régner l’ordre et la paix entre les Hommes et les Peuples que la guerre et l’anarchie ravageaient et ruineraient« . Autrement dit, la colonisation devait servir à canaliser les peuples colonisés qui – sans l’intervention de la France – seraient incapable de s’auto-gérer … 

Dernière idée justifiant la colonisation, toujours si l’on se base sur les dires de Mr Perrier : la France doit « (…) donner à ces Hommes et ces Peuples, l’habitude du travail régulier qui leur apportera la sécurité (…) et la possibilité du développement intellectuel et moral« . Bien entendu, ce « développement » est celui européen-centré. Les us et coutumes des peuples africains sont reniés au profit d’une moralité occidentale. La colonisation (toujours d’après les mentalités du début du XXème siècle) serait bénéfique pour les peuples colonisés : l’Occident civiliserait les citoyens Africains qui seraient paresseux de nature et ne seraient pas rigoureux. 

Le saviez-vous ...

La plus grosse Exposition Coloniale à eue lieu en 1931 à Vincennes aux abords de Paris. Elle accueille près de 8 millions de visiteurs et 33 millions de tickets sont vendus ! Fou non ?

Concernant La Rochelle, en cette fin de XIXème siècle, la ville ne profite plus des richesses tirées du commerce Négrier. Les anciens armateurs doivent donc trouver une solution de replis afin de ne pas faire faillite. Le cap est donc mis sur l’Afrique du Nord (dans les terres nouvellement acquises par la France sous mandats ou protectorats). Pour faire face à ce nouveau commerce et ces nouvelles explorations coloniales, la ville de La Rochelle évolue et se transforme. Par exemple, pour absorber les importations grandissantes de denrées et ressources coloniales, le port de La Pallice est édifié en 1890. l’objectif est d’en faire le 1er port colonial au tournant du XXème siècle. 

C’est donc dans un contexte de propagande, d’étude anthropologique et d’affirmations de marchés commerciaux colonial que l’Exposition de La Rochelle est organisée en 1927. Ce sont des acteurs locaux (rochelais et charentais) qui sont en charge de la mettre sur pieds. Par exemple, c’est le Comité de la Propagande coloniale de Charente-Maritime qui chapeaute le tout. 

Affiche de la Compagnie Delmas-Vieljeux (Cote d'archive : FLC012)
Affiche de la Compagnie Delmas-Vieljeux (Cote d'archive : FLC012)

Ce Comité est composé de nombreux participants (souvent des notables ou descendants de l’aristocratie rochelaise). Parmi eux figurait un ancien maire de La Rochelle : Léonce Vieljeux

La présence de la Compagnie Delmas-Vieljeux dans l’organisation de l’Exposition Coloniale de 1927 n’a rien d’étonnant. En effet, d’après mes recherches, depuis le début des années 1910’s, l’entreprise de commerce maritime s’est spécialisée dans l’importation de bois exotiques en provenance d’Afrique du Nord (notamment d’Algérie). 

Pour la petite histoire, la Compagnie Delmas-Vieljeux est créée en 1867 par deux frères : Franck et Julien. Au début l’entreprise est spécialisée dans le négoce du vin et spiritueux. Mais après la crise du phylloxera qui touche toute les Charentes en 1872, la production de vin s’effondre. Il fallait trouver une solution pérenne pour la relancer : cap est fait vers l’Algérie ! Dès 1896, la Compagnie Delmas-Vieljeux assure des liaisons régulières avec l’Afrique du Nord. Ces deux types de commerces permettent à l’entreprise de rester à flots et de survivre à l’épidémie touchant les ceps ainsi qu’au 1er Conflit mondial. Par exemple, d’après le mémoire de recherche de Mme Léa Paule consacré au « Patrimoine difficile de la Seconde Colonisation à Rochefort et à La Rochelle » datant de 2018, on estime qu’il y a eu 12 000 tonnes de bois exotiques importés en 1936 et 16 000 tonnes de vins en 1938 en provenance d’Algérie. 

À noter que sur un montant de 156 000 francs qu’a coûtée l’Exposition Coloniale, la Compagnie Delmas-Vieljeux en a financé 10 000 francs. 

 

Le saviez-vous ...

En dehors du rôle éminent des familles Delmas-Vieljeux dans l'organisation de l'Exposition de 1927, on dénombre d'autres acteurs qui y ont participé de près ou de loin. C'est le cas du Muséum d'Histoire Naturelle qui prête des objets en provenance des colonies française sous des tentes spécialement installées pour l'occasion. De même, la Chambre de Commerce de La Rochelle finance l'évènement à hauteur de 50 000 francs et de nombreuses banques et commerces rochelais permettent de boucler le financement de l'Exposition Coloniale de 1927 !

Des expositions et une colonisation rochelaise et française pédagogique

En dehors de la démonstration de puissance de la France, les Expositions Coloniales avaient un autre but : sensibiliser et éduquer les foules. L’objectif était de persuader les citoyens du bien-fondé de la colonisation

Par exemple, durant toute la durée de la l’Exposition Coloniale, la Compagnie Delmas-Vieljeux participe à la volonté d’infusion des idées coloniales chez les rochelais. Léonce Vieljeux souhaite par ce biais amener la culture coloniale aux habitants à travers de nombreux concours, des conférences thématiques ou encore des activités organisées pour les familles. 

Cette théorie de la dimension « éducative » et pédagogique des Expositions Coloniales est soutenue par Sandrine Lemaire et Pascal Blanchard dans « Exhibitions, expositions, médiatisation et colonies« . D’après cette source, les expositions coloniales devaient répondre à la question suivante : »Comment sensibiliser davantage une opinion publique plus ou moins indifférente aux questions coloniales ? ». Sous entendu, ces évènements doivent éveiller les consciences populaires en diffusant des messages bienveillants autour de l’acte de colonisation. Le but était de remémorer le passé colonial de la France, d’éduquer et de fédérer les citoyens autour du fait colonial. 

Exemplaire d'un timbre expédié par voie postale quelques mois avant et pendant l'Exposition coloniale de 1927 (c)Delcampe.fr
Exemplaire d'un timbre expédié par voie postale quelques mois avant et pendant l'Exposition Coloniale de 1927 (c)Delcampe.fr

Pour parfaire cette idée d’éducation des citoyens français et rochelais au fait Colonial, le gouvernement et la municipalité de La Rochelle lancent une vraie « opération séduction » commerciale à travers un moyen de communication très efficace pour une époque où l’usage de la carte postale était utilisée quotidiennement. En effet, l’Exposition de La Rochelle s’exporte sur des … timbres spécialement créés pour l’occasion. Ces timbres sont commercialisés quelques mois avant l’évènement afin d’avertir et de fédérer les rochelais (et les français) autour de l’évènement ! 

Enfin, l’éducation des populations passait aussi par l’architecture prévues pour l’occasion. Par exemple une impressionnante porte africaine au niveau du Mail et des temples indo-chinois avaient été spécialement installés. L’objectif était d’immerger au mieux les visiteurs dans l’esprit des Colonies.

1927 : L'Afrique à La Rochelle

La Rochelle n’a pas été choisie par hasard puisque selon les « Notes et souvenirs de l’Exposition Coloniale de La Rochelle » (Archives Départementales cote : MF 1930). En effet, en raison de son commerce colonial (avec la Compagnie Delmas-Vieljeux) et « en raison de son passé maritime » (Cf. Traite Négrières) : il paraissait logique de l’organiser dans cette cité atlantiqueL’Exposition Coloniale de La Rochelle est organisée du 31 juillet au 28 août 1927. L’évènement est énorme puisqu’il traîne près de 250 000 visiteurs durant tout l’été. Après avoir dressé quelques constats généraux et expliqué l’état d’esprit colonial dans lequel ces évènements étaient programmés, j’aimerais maintenant vous emmener avec moi à la visite de cette exposition. 

Qu’y faisait-on et surtout comme s’organisait-elle ? C’est ce que je vous propose de voir dès à présent !

L'Exposition Coloniale à La Rochelle : entre préjugés et voyeurisme

L’Exposition Coloniale de La Rochelle se tenait dans un espace allant de l’actuelle promenade du Mail et les parcs d’Orbigny et Charruyer. Une sacré surface !

En dehors de l’aspect pédagogique, dans l’esprit du gouvernement Français, l’Exposition Coloniale était un moyen de vanter la richesse et la grandeur de la Métropole et des territoires coloniaux. Bien entendu tout cela passait par la mise en avant de stéréotypes

Pour l'Exposition Coloniale, de nombreux stands/infrastructures ont été reproduites afin de simuler l'environnement colonial (c)Delcampe.fr
Pour l'Exposition Coloniale, de nombreux stands/infrastructures ont été reproduites afin de simuler l'environnement colonial (c)Delcampe.fr

Le Comité de la Propagande de Charente-Inférieure poursuit un second objectif en accueillant cette Exposition Coloniale en 1927 : rendre la colonisation et son processus économique, social, … magique et merveilleux. Les visiteurs doivent voyager tout en restant chez eux et être enchantés à chaque instant lors de leur visite ! Il y avait donc une dimension spectaculaire : la mise en scène des infrastructures et les animations étaient donc très importantes. 

L'artisanat et l'architecture coloniale poussés à leurs paroxysmes

Nous l’avons vu dans le point précédent, Mr Vieljeux organise des concours, conférences thématiques pour tous les visiteurs mais aussi des concerts africains et des ateliers. Ces derniers étaient présents sur l’avenue du Mail avec des figurants venant directement des colonies. La plupart du temps, ces figurants étaient « recrutés » (fortement incités) directement en Afrique. 

Ainsi, il fallait imaginer de nombreux stands répartis le long du Mail et dans le parc Charruyer. Ils proposaient des objets, des photos/cartes, des textiles et produits locaux africains. Ces objets provenaient des colonies et ont été ramenés par des colons rochelais. Ils sont exposés au sein de l’exposition coloniale par l’intermédiaire du Muséum d’Histoire Naturelle de La Rochelle. Quelque chose m’a étonné : l’Exposition Coloniale de La Rochelle détenait aussi un stand/pavillon dédié aux Guide de « Bonnes Pratiques » pour bien émigrer dans les colonies. On devait inciter les citoyens de métropole à s’implanter en Afrique ou en Asie ! Fou non ? 

En fouillant sur Delcampe.fr, j’ai pu retrouver trois anciennes photos datant de cette époque et qui montrent deux pavillons présents dans l’Exposition Coloniale. Les voici ci-dessous : 

 

Voici le pavillon du "Règne Végétal" qui présentait des peaux, des produits locaux (café, caoutchouc, ...) et des textiles (c)Delcampe.fr
Voici le pavillon du "Règne Végétal" qui présentait des peaux, des produits locaux (café, caoutchouc, ...) et des textiles (c)Delcampe.fr
Photographie du pavillon ethnographique (qui exposait des armes, des plantes et des cartes africaines (c)Delcampe.fr
Photographie du pavillon ethnographique (qui exposait des armes, des plantes et des cartes africaines (c)Delcampe.fr
Ce pavillon doit être le stand dédié au Guide de bonnes pratiques pour bien émigrer dans les colonies (c)Delcampe.fr
Ce pavillon doit être le stand dédié au Guide de bonnes pratiques pour bien émigrer dans les colonies (c)Delcampe.fr

De même, quelques reproductions architecturales censées êtres typiques des territoires coloniaux. Par exemple on y retrouvait un kiosque dédié à la Cochinchine (ancienne province d’Indochine Française). J’ai d’ailleurs pu retrouver une ancienne photographie en archive qui donne une idée de l’architecture monumentale prévue pour l’occasion afin d’impressionner les visiteurs :

 

Exemple de kiosque asiatique de Cochinchine reproduit et exposé à La Rochelle en 1927 (c)Archives départementales cote : 9Fi76.
Exemple de kiosque asiatique de Cochinchine reproduit et exposé à La Rochelle en 1927 (c)Archives départementales cote : 9Fi76.

Avec ces deux exemples d’animations et d’infrastructures présentes lors de l’Exposition Coloniale, les dires de Mr Perrier (Ministre des Colonies) sont parfaitement illustrés. Il faut donner à voir les colonies et les richesses qu’en tire la France afin de légitimer le processus colonial auprès d’une population trop peu engagée et fédérée autour de ce sujet au début des années 1920’s. 

 

"Des plongeurs (Noirs) musclés dans une piscine"(Cf. Mémoire de Léa Paule)

L’Exposition Coloniale de La Rochelle dans l’entre-deux-guerres c’était aussi une multitude de stéréotypes véhiculés aussi par la démonstration des « us et coutumes » des citoyens africains. Pour illustrer ce point, j’aimerai vous présenter deux exemples présents dans le mémoire de Mme Léa Paule dont je vous parlait tout à l’heure. Cet exemple, je l’ai aussi retrouvé en archives dans plusieurs articles de presse également. 

Aujourd’hui, la scène que je vais vous décrire ferai bondir tout à chacun (et ça serait normal). Il faut imaginer une grande piscine installée dans l’espace de l’Exposition (peut être le long de la balade du Mail ?). Dans ce gros bassin, le Comité de la Propagande de Charente-Maritime a installé des « plongeurs (Noirs) musclés« . Ces figurants devaient plonger et aller chercher des pièces ou des cacahuètes que lançaient les visiteurs. Comme des singes au zoo ! 

Même constat pour les rites et pratiques religieuses. Une mosquée montée « à la va vite » permettait aux figurants africains qui le souhaitaient de venir prier directement au sein de l’Exposition. Le but était de promouvoir ce temps de recueillement auprès des visiteurs comme un spectacle ou une pratique « curieuse/exotique ». 

Le village africain de Libreville à La Rochelle

En complément de ces pavillons thématiques dignes des grandes Expositions Universelles (Cf. Pavillon de l’Industrie, des Arts et Métiers, …) ; des reproductions architecturales pour émerveiller les visiteurs et des traditions africaines stéréotypées et valorisées à travers le prisme d’une vision coloniale fantasmée : j’aimerai maintenant vous parler d’un dernier élément qui était présenté comme le « clou » de l’Exposition Coloniale de La Rochelle

Il s’agit d’un village colonial africain qui rappelle le fonctionnement des anciens Zoos humains. Ce village s’appelait « Libre-Ville » (en « hommage » de la capitale éponyme du Gabon fondée en 1849 par les Français). Ce nom a été choisi car le Gabon faisait partie des anciennes colonies françaises. Pour la petite anecdote, le Gabon devient indépendant le 17 août 1960 …seulement !

Le village africain de Libre-Ville répond au dernier objectif définit dans le discours du Ministre des Colonies françaises Mr Perrier. Selon lui, le processus colonial permet de « donner aux populations coloniales le moyen de se développer elles-mêmes« . Autrement dit, ces colonies ne seraient pas capables de s’élever par elles-mêmes : elles doivent passer automatiquement par le biais du contrôle de la Métropole. Les figurants présents dans le village étaient infantilisés : tout ce qui était montré au public était préparé en amont sur les bases de stéréotypes européano-centrés. 

Ensemble des figurants du village africain de La Rochelle (c)Delcampe.fr
Ensemble des figurants du village africain de La Rochelle (c)Delcampe.fr
Carte postale présentant des sculpteurs de pirogues (c)Delcampe.fr

Concrètement, Libre-Ville est installé dans le parc d’Orbigny (espace vert actuellement situé devant le Casino dans lequel se trouve le Pavillon Fleuriau). Tout comme la piscine, le village africain avait une visée divertissante mais aussi éducative : le but pour les visiteurs était d’en apprendre plus sur les modes de vie des « autochtones »

L’ouverture du village et de l’Exposition Coloniale voit se jouer un drôle de rituel au sein de Libre-Ville : le couronnement du roi Boup 1er. Il ne s’agissait ni plus ni moins d’une mise en scène avec un roi fictif (et au titre humiliant) destinée à offrir du spectacle aux rochelais et visiteurs. 

Une fois ouvert, ces visiteurs pouvaient déambuler librement autour de cases, d’ateliers, de boutiques artisanales et d’écoles africaines. Tout était sujet à curiosité et sobriquet : le but ? Montrer le côté « primitif » de ces modes de vie non occidentaux. À noter que – comme pour la piscine – des figurants ont été »sélectionnés » (de force) dans différentes colonies françaises. On retrouve des figurants du Sénégal, de Guinée ou encore du Gabon. En clair, toutes ces personnes de couleur Noire étaient mélangées, étiquettées comme « Africaines » sans distinction. Ces figurants devaient dormir et vivre 24h/24, 7j/7 dans les infrastructures reproduites dans le cadre de l’événement. Nous pouvons aisément imaginer le traumatisme …

Au final, le village a suscité tellement d’engouement auprès des visiteurs que ce dernier reste dans le parc d’Orbigny plusieurs semaines après la fin de l’Exposition Coloniale (Libre-Ville est démontée et les figurants renvoyés manu militari dans leurs pays respectifs dès le 21 septembre 1927). 

Carte postale présentant des balafons, percussionnistes africains (c)Delcampe.fr
Carte postale présentant des balafons, percussionnistes africains (c)Delcampe.fr
Carte photo montrant un joueur de balafon (c)Delcampe.fr
Carte photo montrant un joueur de balafon (c)Delcampe.fr
Voici un exemple de balafon, instrument de percussion africain. Il fait partie des collections du Muséum d'Histoire Naturelle (peut être s'agit-il de l'instrument figurant sur la carte postale ci-dessus ?).
Voici un exemple de balafon, instrument de percussion africain. Il fait partie des collections du Muséum d'Histoire Naturelle (peut être s'agit-il de l'instrument figurant sur la carte postale ci-dessus ?).

Nous arrivons maintenant à la fin de cet article assez particulier. Traitant d’un sujet sensible, j’ai essayé de rester le plus objectif possible. Bien entendu il ne s’agit pas ici de condamner telle ou telle participation des acteurs rochelais au financement et à l’organisation de l’Exposition Coloniale. En effet, s’agissant d’une époque différente de la nôtre, les mentalités et la vision vis à vis du processus colonial n’étaient pas les mêmes qu’en 2022 !

Il n’est pas question non plus de légitimer la colonisation (au contraire). Je le redis ici pour éviter toute méprise, cet article avait pour objectif de mettre le focus sur un fait dépendant de l’Histoire et du Patrimoine de La Rochelle qui s’est déroulé il y a moins de 100 ans. 

J’espère que vous aurez néanmoins appris des choses. Travailler sur un sujet mémoriel est toujours délicat pour l’Historien car il doit mettre de côté ses sensibilités afin de rapporter fidèlement les faits, rien que les faits ! De même, la difficulté ici était de travailler uniquement à partir d’un ensemble de documents et de sources déjà présentes uniquement en archives (toutes les traces ont aujourd’hui été effacées dans le paysage urbain Rochelais) – à l’exception du Mémorial aux Éléphants place de Verdun et la statue de l’Amiral Duperré (Cour des Dames). Je vous recommande d’aller les voir en complément de cet article … 

Author: Nicolas

2 thoughts on “La Rochelle en 1927 : village Africain et Exposition Coloniale dans l’Entre-Deux-Guerres

  1. Bien étayé et bien documenté, trés bon article ! C’ Est bien intéressant à Nantes il y’a aussi un mémorial sur l’esclavage qui est très bien fait ! Les actes du passé sont horribles il faut en parler pour que cela ne se reproduise pas !!! Avec délicatesse et pudeur… 👏👍😊👋

    1. Bonsoir Patrick !
      Exactement, vous avez tout résumé. Je suis très content que vous ayez pu ressentir le ton de cet article qui n’était pas évident à rédiger tant le sujet était susceptible de soulever des incompréhensions et polémiques diverses. Mais comme vous le dîtes, ces sujets doivent être évoqués pour mieux être appréhendés par les jeunes générations.
      Je vous remercie infiniment d’avoir pris le temps de rédiger ce gentil commentaire et je vous souhaite une bonne soirée.
      Nicolas 😀

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