Aujourd’hui je prends la parole sur ce sujet très important quand on est créateurs de contenus et influenceurs.
Étant dans ce domaine depuis 2020, j’ai souvent été confronté à diverses situations plutôt causasses. Combien de fois m’a-t-on pris pour un journaliste ? Combien de communiqué de presse je reçois dans mes mails chaque semaine ? Je ne saurais sincèrement pas le dire !
Aussi surprenant que cela puisse paraître, cette dichotomie entre ces deux métiers bien distincts est très difficile à percevoir que ce soit par les agences d’influence, les professionnels de la communication ou les institutions.
Ce réflexe d’associer directement influenceurs et médias/journalistes peut poser plusieurs soucis : une mauvaise
approche peut braquer un créateur de contenus, des journalistes peuvent se sentir déconsidérés en étant apparentés aux influenceurs, … Bref, ça peut créer des conflits entre ces deux professions, et ce, des deux côtés de la barrière.
Alors, c’est dans une démarche pédagogique que je souhaite soulever la différence entre les deux métiers. Par la suite, je vous expliquerais quels sont les écueils à éviter pour contacter un créateur de contenus et comment travailler avec lui. Enfin, je vous illustrerais tout ceci par un exemple personnel que j’ai vécu il y a quelques années.
Influenceurs et journalistes : de quoi on parle ?
Les caractéristiques d'un influenceur et d'un journaliste
Avant toute chose, il est important de poser des mots et d’expliquer les concepts. Côté chiffres, en France, on estime qu’il y a environ 35 000 journalistes en 2026 (chiffres de la Commission d’Identité des Journalistes Professionnels). De l’autre côté, il y aurait environ 150 000 influenceurs en 2026. Le secteur de l’influence est en perpétuelle croissance avec +500 millions d’euros de chiffre d’affaires entre 2024 et 2025.
Médias et influenceurs sont tous les deux présents en masse sur les réseaux sociaux (que ce soit Facebook, Instagram ou encore TikTok). Ainsi, il peut être compliqué de comprendre les différences entre les deux métiers. Ne bougez pas je vous explique tout !
- Un influenceur : est caractérisé par un nombre plus ou moins importants de fans/followers qui le suivent au quotidien sur les réseaux sociaux. L’influenceur à créé un réelle communauté qui se retrouvent aussi bien dans son contenu ou sa personnalité. Un influenceur détient la confiance plus ou moins totale des audiences qui le suive. Il y a presque une dimension émotionnelle et intime. Dans le cadre de sa stratégie de création de contenus, un influenceur peut prendre part à une opération de communication digitale et commerciale pour le compte d’une marque, d’une entreprise ou d’un territoire. Le but est soit de faire connaître ladite marque ou de vendre un produit ou un service. À noter qu’un influenceur peut aussi être blogueur et donc rédiger des articles (ce qui est mon cas avec mon blog).
- Un journaliste c’est un professionnel qui détint une carte de presse qu’il a acquis auprès de la Commission d’Identité des Journalistes Professionnels. Il écrit pour un média précis, mais il n’incarne pas personnellement une communauté. De ce fait, un journaliste peut recevoir des invitations à des évènements ou des produits en échange d’u article mais pour le compte du média pour lequel il travaille (pas d’un point de vue personnel).
L’influence fait donc référence à une dimension marketing et commerciale. Contrairement aux journalistes, les créateurs de contenus et influenceurs dirigent souvent une entreprise qu’ils incarnent réellement. De plus, ils donnent leurs avis subjectifs sur des sujets précis et peuvent engager leurs audiences à agir envers une cause ou une manière de consommer. Ce sont précisément ces deux éléments qui distinguent un influenceur et un journaliste qui lui, se doit de rester neutre dans les écrits qu’il rédige pour son média.
Des profils hybrides
Néanmoins, il me paraît important de nuancer mon propos. En effet, outre ces grandes différences, certains profils sont hybrides. Quelques profils détiennent un média, écrivent des articles et réalisent des sujets d’investigation tout en réalisant quelques opérations d’influence basées sur la confiance suscitée par les audiences envers leurs créateurs. Je prendrais deux exemples pour illustrer cette idée. C’est le cas de Guillaume Pley ancien journaliste radio, qui a créé et qui dirige LEGEND, l’un des podcast les plus écoutés de France en 2026. Outre cette production de contenus et d’enquêtes sourcées très sérieusement, le podcast invite quelques fois des marques pour promouvoir un produit ou un service contre une rémunération. LEGEND est aujourd’hui un vrai phénomène qui a trouvé son audience sur YouTube, Instagram ou encore TikTok. En novembre 2025, France Culture le présent même comme le « premier intervieweur de France ». Nous sommes donc ici dans un profil différent à la croisée des chemins entre un journaliste et un influenceur.
Deuxième exemple, Hugo Décrypte. Inscrit dans la même mouvance que Guillaume Pley, Hugo Décrypte est aujourd’hui LE média français le plus suivi par la jeune génération (Y et Alpha). Avec des contenus à la fois d’actualité et de société, il informe chaque jour des millions d’abonnés sur ces plateformes. Il inclus de temps en temps des communication commerciale pour promouvoir certaines grandes entreprises françaises comme Orange ou Arte TV.
Influenceurs ou journalistes ? Et si finalement il existait quelques rares exceptions qui confirment la règle …
Les pièges à éviter pour travailler sereinement avec un influenceur !
Mais ce n’est pas parce qu’il existe certaines personnalités journalistiques reconnues qui travaillent avec des marques dans le cadre de collaborations commerciales qu’il faut aborder les influenceurs comme on le ferait avec les médias. Allez, c’est parti, je vous donne le mode d’emploi pour éviter les boulettes !
- Prenez le temps d’échanger réellement avec l’influenceur : un influenceur se représente lui-même en tant qu’entreprise ou communauté. Il y a un humain derrière le compte Instagram, TikTok ou autre. Discuter avec l’influenceur c’est connaître sa personnalité, ce qu’il aime/n’aime pas, ces process de collaboration, …
- Considérez que vous contactez un prestataire de service pour votre communication : un influenceur est un levier marketing que vous pouvez activer comme vous pourriez le faire pour promouvoir un projet, un produit ou un service via une campagne de flyers ou un encart publicitaire. Les influenceur ne font pas nécessairement parti de la sphère médiatique, mais plutôt du monde de la publicité.
- Demandez à l’influenceur son fonctionnement avant d’imposer le vôtre : un partenariat se construit à deux. Au risque de se répéter, un influenceur peut avoir une entreprise, des charges à assumer et une équipe à rémunérer pour créer le contenu que vous souhaitez. Là où les médias/journalistes peuvent recevoir des cadeaux (produits ou service gratuit contre un article), un influenceur doit être rémunéré comme un professionnel. Arriver avec ces gros sabots, en imposant ces conditions ou en envoyant un simple communiqué de presse sans autre éléments : c’est la meilleure manière de ne pas recevoir de réponse !
Si je devais résumer tout ceci : on ne contacte pas une influenceur comme on contacte un journaliste pour apparaître dans un article. Travailler avec un influenceur c’est collaborer avec un consommateur potentiel. Votre marque/produit ou service doit être cohérent avec son univers et doit surtout inspirer confiance. En tant qu’entreprise partenaire, vous êtes aussi jugée sur votre réputation, votre sérieux, … Au moindre doutes, l’influenceur risque de se désengager de la collaboration que vous souhaitez construire avec lui.
À titre personnel, je demande toujours un échange physique ou en visio. En parallèle, je mène une enquête auprès de chaque entreprise qui souhaite travaille avec moi (mentions légales, e-réputation, …) et je pose des questions ciblées lors de l’entretien pour savoir si le concept peut faire sens aussi bien d’un point de vue personnel que pour mes abonnés. Je dis plus souvent « NON » que « OUI » !
D’ailleurs, si une collaboration est mal cadrée et que la frontière entre influence et journalisme n’est pas conscientisée de manière, ça peut donner lieu à certaines crispations et situations inconfortables.
3 - Focus : J'ai travaillé pour Gabriel Attal avec des journalistes
Pour finir cet article, j’aimerais vous faire part d’une expérience personnelle que j’ai vécue il y a 2 ans et demi. Un moment aussi bien extra-ordinaire que malaisant.
J’ai été contacté par les services de Gabriel Attal, alors Premier ministre du deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron. Si au départ j’ai cru à une bonne blague, je me suis rendu à l’évidence qu’on était venu me chercher en tant qu’Historien-Influenceur. Le but était alors de discuter autour de mes thématiques favorites : l’accès à la culture et au patrimoine pour les jeunes générations. Ce fut d’ailleurs le thème de mon dernier article sur LinkedIn et le blog.
Je vous plante le décor : 22 février 2024, Royan. Gabriel Attal était en visite en Charente-Maritime pour superviser l’avancée des travaux de restauration du marché de Royan. Je suis invité à venir assister à la visite en présence du Premier ministre puis à déjeuner avec lui en petit comité avant de pouvoir l’interviewer. Me voici donc, en chemise blanche, tiré à quatre épingles à côté du préfet de la Charente-Maritime, en face du sénateur de la Charente-Maritime et de Prisca Thevenot alors porte parole du gouvernement. Autrement dit : ça ne rigolait pas !
Outre le côté très impressionnant et ubuesque de la situation, j’étais concentré. En effet, à l’issue du déjeuner ministériel, j’ai eu la possibilité d’interviewer Gabriel Attal pendant 10min dans le cadre d’une action d’influence diffusée sur mes réseaux sociaux.
À côté de moi, j’avais également un journaliste. La communication fut très compliquée car ce monsieur s’est mis en tête que j’étais là pour le « concurrencer » (nous avions tous les deux des accréditations identiques).
Arrive donc le moment fatidique. Celui que j’appellerais pour l’instant « l’interview de ma (courte) carrière » dans le monde de l’influence et de la publicité. L’entretient eut lieu sur une terrasse de café, Gabriel Attal et moi-même étions face à face. La situation était déjà très stressante … Mais ce qu’on ne voyait pas à la camera, c’est ce qu’il y avait derrière le Premier ministre, en face de moi. À 10m de moi, me faisaient face une cinquantaine de journalistes à la fois jaloux, envieux et en colère de ne pas avoir eu la primeur d’interviewer le Premier ministre.
Autrement dit – et ce sera ce qu’il faudra retenir de cet exemple – j’ai ce jour-là compris qu’une grande partie des journalistes prenaient les influenceurs comme des concurrents. Des personnes à doubler pour avoir le scoop, des personnes à évincer pour avoir une meilleurs invitation, …
Et ce n’est ni agréable ni normal. Mais ceci démontre qu’il est encore nécessaire de faire de la pédagogie pour expliquer la différence entre ces deux corps de métiers.
Certes, journalistes et influenceurs sont liés, mais nous sommes différents dans nos manières de fonctionner mais aussi de mettre en avant un acteur local !
Personnellement, je prône pour des relations apaisées et un travail complémentaire de nos deux professions plutôt qu’une pseudo concurrence stérile et infondée. Alors cher(e)s journalistes, n’ayez pas peur de nous et chères entreprises : je le répète, on ne travaille pas et on ne nous contacte pas de la même manière. Sinon bonjour les dégâts …
