Comment ré-intéresser les jeunes au patrimoine et à la culture en 2026 ?

Une simple question et tout un monde. À l’heure où +50% des visiteurs des musées et sites patrimoniaux en France ont plus de 60 ans (chiffres en ministère de la Culture en 2023), il paraît essentiel d’évoquer cette problématique. 

En effet, les jeunes générations (30 ans et moins) ne représentent qu’un tiers des personnes qui arpentent les lieux culturels en France. Ce constat est très préoccupant car, les nouvelles générations sont les futurs consommateurs de demain. 

À quelques mois d’une échéance électorale déterminante, le sujet doit être pris à bras le corps par les autorités compétentes. 

Il faut ramener les jeunes de -30 ans dans les musées, les théâtres, les châteaux et les abbayes. Mais comment faire ? C’est ce que je vous propose de voir juste après avec quelques éléments et pistes de réflexions … 

Et ça passe notamment trois mots qui définiraient un plan d’action pour résoudre cette équation très difficile : « concerner », « captiver/connecter » et « représenter ». 

Une jeunesse « concernée » par le patrimoine et la culture grâce à la famille et l’éducation nationale

Les adolescents et le public qualifié de « jeune » dépendent de ce que William Strauss et Neil Howe appellent la génération Z (ou zommer) dans leur ouvrage « Generations: The History Of America’s Future, 1584 To 2069 » édité en 1990. Selon eux, chaque génération st traitée de manière différente par la société dans laquelle elles évoluent. Les « baby boomer » ont « tout eu » alors qu’à contrario, ceux relevant de la « génération Z » (1997-2010) et « Alpha » (2010-2025) se sentent mis à l’écart ou obligé de rattraper les boulettes (environnementales) de leurs parents et grands-parents. 

C’est donc un public ayant un grand sentiment de malaise, d’anxiété, d’injustice vis-à-vis de leurs ainés mais aussi avec une immense perte de repères que les lieux patrimoniaux et culturels doivent attirer et séduire. Une mission plus simple à dire qu’à faire. 

la « génération Z » (1997-2010) et « Alpha » (2010-2025) se sentent mis à l’écart ou obligé de rattraper les boulettes (environnementales) de leurs parents et grands-parents. (c)NicoLaRochelle
La « génération Z » et « Alpha » se sentent obligé de rattraper les boulettes de leurs parents et grands-parents. (c)NicoLaRochelle

Je pense qu’il faut que les jeunes générations (dont je fais partie) doivent se sentir concernées par la culture et le patrimoine. Beaucoup trop pensent encore que ce ne sont que « des trucs de vieux » ou « des domaines d’intello ». Et pourtant, chaque individu a besoin d’accéder à la culture et au patrimoine pour se réaliser et s’accomplir. 

Une prise en charge de ce sujet notamment au sein de la famille est primordiale. En effet, le patrimoine et la culture ça se transmet. Aller au musée, au cinéma ou au théâtre avec des enfants, regarder une exposition en sortant de l’école ou un samedi après-midi, lui proposer des activités extra-scolaires créatives et artistiques … Tant d’idées et d’occasions d’éveiller les enfants dès le plus jeune âge. Je me souviens par exemple que mes parents me mettaient des livres ouverts sur tout les meubles de la maison entre mes 3 à 8 ans pour apprendre à manipuler les ouvrages, regarder les images et les mots, … 

Je pense aussi qu’un accompagnement spécifique dans le cursus scolaire doit être mis en place par l’Éducation Nationale. Parce que oui, le travail d’éducation des parents doit être couplé avec la mission d’instruction de l’école de la maternelle au lycée. Les deux doivent fonctionner en symbiose et cohérence pour permettre l‘émergence d’un enfant curieux et proactif. Pour ce faire, les méthodes d’instruction (notamment de l’Histoire) doivent impérativement évoluer. Il ne s’agit plus seulement aujourd’hui d’apprendre bêtement une série de date par coeur pour comprendre l’Histoire. Il faut la contextualiser, l’humaniser, la raconter réellement. 

Les jeunes de la génération Z et Alpha veulent comprendre l’utilité d’une démarche avant de s’y engager (aller au musée du coin, accéder à des témoignages, travailler sur la micro-histoire, .). C’est en diffusant de la connaissance palpable et non plus uniquement quantifiable que les jeunes pourraient s’intéresser davantage à l’Histoire et au patrimoine … 

En clair il faut d’abord expliquer le POURQUOI plutôt que le COMMENT ! 

Plus un jeune individu est immergé tôt dans des activités culturelles, si pour lui, arpenter les châteaux, musées et les bibliothèques est aussi habituel que d’aller au supermarché ou faire la cuisine : alors cela fera naître des citoyens concernés par la culture et le patrimoine et donc de futurs consommateurs. 

il faut d’abord expliquer le POURQUOI plutôt que le COMMENT ! (c)NicoLaRochelle
Il faut d’abord expliquer le POURQUOI plutôt que le COMMENT ! (c)NicoLaRochelle

Une connexion à la culture et à l’Histoire grâce aux influenceurs

En complément d’un travail de la part de la famille et de l’Éducation Nationale, à mon sens, les adolescents – futurs consommateurs de biens culturels et patrimoniaux – doivent se sentir captivés et reliés à l’Histoire et à la culture. Sans ce sentiment d’appartenance ou de surprise : l’intérêt ne sera pas au rendez-vous. 

Je préconise donc de faire appel au diable : les influenceurs spécialisés dans le patrimoine et la culture. 

On pense souvent que ces créateurs sont vides de sens, prône la culture du vide et abrutissent nos enfants. Malheureusement ceux qui sont en effet mis en avant par les médias ne sont pas ceux qui utilisent les réseaux sociaux de manière éthique et constructive … Mais cela ne veut pas dire qu’il faille mettre tout le monde dans le même panier. Je suis contre les généralités !

En effet, certains d’entre eux apportent une réelle valeur ajoutée et imaginent leurs contenus comme de véritables modules pédagogiques. Ce sont les influenceurs « Histoire et Culture ». On en recense aujourd’hui une cinquantaine en France. Avec des sujets plus où moins variés, des thématiques plus ou moins larges et des formats différents : ces nouveaux professeurs 2:0 sont plébiscités par les jeunes utilisateurs des réseaux sociaux ! En témoigne la notoriété de profils comme Nota Bene ou des personnalités publiques déjà reconnues comme Stéphane Bern ou Franck Ferrand. Chacun d’entre eux jouissent d’une très large communauté sur différentes plateformes comme Instagram ou TikTok. 

Les informations délivrées sont de plus en plus sérieuses et sourcées en archive, les hooks captivants et les approches plus originales et audacieuses qu’à l’école ou dans les musées. 

Autrement dit : faire appel à un influenceur Histoire, Patrimoine et Culture permet à coup-sûr de fédérer, intéresser et mobiliser les audiences de ces créateurs sur les réseaux sociaux (souvent jeunes) autour d’un site, d’un bien ou d’un service historique, culturel ou patrimonial. 

Par exemple, il y a quelques semaines, j’ai travaillé en tant que créateur de contenus histoire et patrimoine à La Rochelle et en Charente-Maritime avec la ville de Tonnay Charente près de Rochefort (Instagram : @nico_la_rochelle). Le but était de diffuser de l’information historique autour du pont suspendu mais aussi de récolter un maximum de votes pour décrocher un gain jusqu’à 150 000€ pour aider à sa restauration dans le cadre du Grand Prix du patrimoine et du tourisme. Le concours national est organisé par La Fondation du Patrimoine et Airbnb. 

Avec une campagne menée durant tout le mois de juin 2026, les résultats ont été plus que probants : +100 votes récoltés et la troisième place de décrochée (et 100 000€ gagnés !). 

Les jeunes dépendants de la génération Z et Alpha sont connectés en permanence : il est donc logique et stratégique pour les sites culturels et patrimoniaux d’utiliser l’influence comme levier pour rajeunir leurs visiteurs. 

La génération Z en quête de représentativité culturelle et patrimoniale

Outre cette nécessité de se positionner et d’être présent à l’endroit où les plus jeunes vont chercher l’information aujourd’hui (le web et les réseaux sociaux), je pense qu’un autre piste peut être évoquée. C’est celle de la médiation culturelle et patrimoniale. Eh oui, il est primordial que les châteaux, les musées, les collectivités territoriales ou les offices de tourisme créent ou revoient leurs offres dans ce domaine. Tout d’abord pour les remettre à jour mais aussi pour orienter le discours et l’expérience visiteurs davantage à destination des enfants et des adolescents. 

En effet, par exemple, qui n’a pas souvenir d’une visite interminable d’un musée avec un guide soporifique ? 

Moi le premier, même en tant qu’historien-influenceur et consultant en Histoire : quelques fois, il y a certaines expériences qui me laissent comment dire … perplexe. 

Albertine vous embarque dans une fabuleuse visite guidée à la découverte des villas et bains de mer de Châtelaillon-Plage. (c)nico_la_rochelle

2026 est l’année où les parcours visiteurs doivent être dépoussiérés. Finis les cartels poussiéreux et les discours interminables des guides touristiques. De 7 à 77 ans, le visiteur doit pouvoir voyager et s’imprégner au maximum de l’ambiance d’un lieu, de son histoire. Presque vivre le lieu et ressentir les émotions (joie, colère, peur, …) de leur occupant. Cela passe notamment par un retour à l’humanisation ! 

Pour ce faire, j’ai plusieurs exemples intéressants à vous soumettre pour ré-intéresser les plus jeunes à la nécessité de conserver et de consommer un lieu culturel ou patrimonial : 

  • Les visites théâtralisées incluant les visiteurs : il y a quelques jours, j’ai travaillé pour promouvoir une visite guidée un peu particulière proposée par l’Office de Tourisme de Châtelaillon-Plage (Charente-Maritime). Loin d’une visite traditionnelle de la ville, notre guide Stéphanie Romégoux – alias Albertine – nous embarque dans un fabuleux voyage d’1h30 au début du XXème siècle. En tant que visiteurs nous sommes dans la peau de nouveaux arrivants à Châtelaillon-Plage en 1900. Albertine nous apprend alors les us et coutumes ainsi que les codes pour construire sa villa balnéaire. Invectives, anecdotes croustillantes, costume bourgeois d’Albertine reproduit à la perfection, … Bref tout y était. Une vraie expérience qui va bien au-delà de la visite guidée classique. Le visiteurs sont réellement embarqués 100 ans auparavant grâce à la prestation théâtrale de Stéphanie. 
  1. Losonnante : C’est il y a 2 ans, au Salon International du Patrimoine Culturel que j’ai découvert cette formidable entreprise française basée à Grenoble qui conçoit des dispositif d’écoute un peu particulier aux visiteurs. Les lieux culturels et patrimoniaux peuvent s’équiper de bornes tactiles et sensorielles permettant à l’utilisateur de vivre une expérience déroutante et innovante : écouter de la musique grâce à ses mains ! Losonnante réalise cette prouesse grâce à la conduction osseuse du corps humain. Le son passe par les os grâce à un système de vibrations. Ces vibrations remontent au cerveau pour produire des sons. Nous sommes donc ici dans une proposition de module de médiation intrigante qui capte directement l’attention du public (et notamment des enfants et des adolescents) par la biais de son aspect ludique. 
  2. Podcasts audio : Restons dans le domaine auditif. En effet, de plus en plus de collectivités territoriales, offices de tourisme et sites culturels/patrimoniaux s’équipent de modules de médiation plutôt en vogue : les podcasts audio. Ces capsules allant de 2min à 5/10min sont d’excellents moyens de diffuser de la connaissance auprès de tout types de publics. Par exemple, j’ai réalisé une série de podcast audio pour l’Agglomération de La Rochelle au mois de mai dernier. Les jeunes enfants et adolescents notamment y prennent rapidement goût : il suffit de cliquer sur le bouton « play » pour que le dispositif s’enclenche. Les podcasts séduisent de nombreuses personnes car ils peuvent être écoutés en faisant le ménage, du sport, en révisant un cours, … Il n’y a pas de notion de perte de temps, ce qui est utile pour les génération Z et Alpha qui recherchent des expériences vécues instantanées. De plus, grâce à l’ajout de bruitages et autres fonds sonores, les podcasts deviennent de plus en plus immersifs : ce qui réponds là encore à un souhait et un besoin réel pour susciter l’engagement des plus jeunes autour d’un sujet ou d’un concept précis. 

Le point commun entre ces trois expériences ? L’humain. En étant remis au centre du discours, l’Histoire et la culture prennent vie directement sous les yeux des visiteurs les plus jeunes. En rapprochant l’Histoire de la vie quotidienne en mettant en avant des anecdotes qui vont toucher les visiteurs, les jeunes générations se sentiront profondément touchées et concernées. C’est en jouant sur les émotions sans concession que les sites culturels et patrimoniaux pourront capter davantage l’attention des jeunes générations et ainsi permettre le renouvellement de leurs clientèles.

Le danger à moyen et long termes est réel si le monde du patrimoine et de la culture ne s’en préoccupe pas. Je m’explique. Ces deux secteurs sont de vrais acteurs économiques à part entière. Ils participent à créer de la richesse que ce soit à l’échelle locale ou nationale. Si les générations futures ne s’engagent pas un minimum pour sauver et préserver nos sites culturels et patrimoniaux, alors nos musées, nos châteaux, nos églises (pour ne citer qu’eux) sont voués à disparaître. 

Parce que oui, même s’il existe des aides et subventions distribuées en masse par l’État depuis des décennies, la sauvegarde de notre patrimoine ne dépend que de nous, les consommateurs. Alors, retroussons nous les manches et continuons nos efforts pour informer, sensibiliser et convaincre nos enfants et nos adolescents : au travail ! 

Collectivités, offices de tourisme ou acteurs du patrimoine et de la culture : NicoLaRochelle vous accompagne !

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