Le marketing d’influence et le rôle des créateurs de contenus dans la campagne présidentielle 2026-2027

Tic tac, tic tac … l’horloge tourne. Depuis quelques semaines, nous sommes entrés de plein pieds dans la campagne présidentielle.

La course à l’Élysée est lancée. Entre résignation (pour ne pas dire autre chose) pour une certaine partie de la population et espoir de changement radical pour d’autres : qu’on se le dise, les deux scrutins qui auront lieu le 18 avril et le 2 mai 2027 sont considérés comme beaucoup comme historiques. 

À chaque élection présidentielle c’est la même chose : les candidats utiliseront tous les moyens possibles pour faire connaître les idées et leurs programmes respectifs. 

Tout ceci est supervisé par l’ARCOM. Notamment pour les prises de paroles publiques dans la presse télévisuelle, radiophonique ou papier. Mais qu’en est-il sur les réseaux sociaux ? Quel rôle jouent les influenceurs et créateurs de contenus dans les stratégies de communication politique des partis ?

C’est ce que je vous propose de voir dès à présent. 

Des influenceurs courtisés par les partis politiques de tous bords

L’influence commerciale naît sur les réseaux sociaux aux alentours des années 2010/2012. C’est en effet avec le développement des émissions de TV réalité que les premières têtes d’affiches commencent à émerger. Ces nouvelles vedettes créées par les productions télévisuelles fascinent une partie de la génération Y et Z qui y voient la possibilité d’accéder à une notoriété facilement en dehors du star-system hollywoodien.

Plus besoin d’être chanteur ou acteur pour avoir le droit à la parole en public ! C’est une révélation. 

 

La naissance des influenceurs

Petit à petit, un autre phénomène émerge : celle des influenceurs digitaux qui débarquent sur les réseaux sociaux. En effet, le boom d’Instagram au tournant de l’année 2015 voit de nombreuses personnalités sortir du lot. Ces nouvelles célébrités sont différentes des influenceurs de TV réalité dont nous parlions juste avant. Ce sont « monsieur et madame tout le monde » qui grâce au partage de leurs passions créent des communautés importantes et deviennent alors légitimes à s’exprimer sur des sujets précis. 

L’influence digitale est réputée plus fiable et plus authentique par les marques et les professionnels du marketing. Fonctionnant majoritairement sur une logique de recommandation entre le créateur de contenus et ces abonnés (comme entre amis), les arguments commerciaux diffusés ont plus d’impact auprès des futurs consommateurs. 

Si l’on peut recommander un produit ou un service sur les réseaux sociaux, on peut le faire aussi pour inciter les futurs électeurs à déposer un bulletin à son nom dans l’urne. Et c’est précisément ce que les partis politiques ont bien compris … notamment à quelques mois du scrutin présidentiel. D’une manière générale, on observe une hausse des prises de contact des les influenceurs de la part de la sphère politique. 

Par exemple, en tant que créateur de contenus culturels et patrimoniaux, j’ai été démarché non seulement lors des élections municipales 2026, mais aussi durant les élections présidentielles de 2022. De La France Insoumise en passant par le Parti Socialiste, les Écologistes ou le Rassemblement National : toutes les sensibilités politiques m’ont contactées par messages privés ou par e-mail (tantôt pour « échanger » avec moi ou tantôt pour « m’inviter à tel ou tel évènement »). Étant à la fois Historien et Influenceur, je propose du contenu présent dans une niche assez sensible. L’Histoire et la culture son éminemment politiques ! Ce sont des sujets stratégiques …

Certains personnages politiques pensent donc que les influenceurs peuvent être de bons relais d’opinion et orienter les décisions de vote dans l’isoloir. Il faudrait « se les mettre dans la poche » en les contactant directement. 

Les influenceurs sont de plus en plus courtisés par les partis politiques. (c)Unsplash
Les influenceurs sont de plus en plus courtisés par les partis politiques. (c)Unsplash

Le marketing d’influence comme un levier de communication efficace pour les candidats à l’Élysée

Outre cette volonté de s’appuyer sur les communautés des influenceurs jouissant d’une renommée et d’une grande confiance de la part de leurs audiences respectives, il est intéressant de constater que les candidats à l’élection présidentielles s’emparent des réseaux sociaux. Ils deviennent alors en quelques sortes des influenceurs à part entière. L’objectif de la démarche est multiple. 

Si l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique réglemente le temps de parole des partis politiques dans le débat public durant toute la durée de l’élection présidentielle, cela ne concerne uniquement la présence dans les médias traditionnels (presse écrite, radio ou télévision).

Le spectre d’inspection de cette agence gouvernementale ne touche pas les réseaux sociaux. Ainsi, de nombreuses personnalités publiques s’affichent publiquement sur TikTok ou Instagram pour parler plus largement et librement qu’à l’habitude. Les médias sociaux constituent donc une tribune inespérée pour diffuser de l’information et un discours précis envers de futurs électeurs.

D’autant plus que les audiences peuvent interagir directement avec ces représentants politiques. Les réseaux sociaux font donc bouger les relations entre les électeurs et les candidats au poste de Président de la République. 

Les Écologistes

Cette stratégie est largement utilisée dans les partis de gauche et centre-droite. Nous pouvons notamment citer Marine Tondelier, tête de liste du parti « Les Écologistes ». Présente et active sur Thread et Tiktok notamment, elle s’adresse majoritairement aux jeunes générations avec une communication colorée et « lifestyle ». Par exemple, là où durant l’été le ton était offensif du point de vue du réchauffement climatique et du manque d’équipement des infrastructures des villes durant les canicules (un de ces posts a fait le buzz fin juillet 2026), nous pouvons observer un changement de stratégie depuis le début de la campagne présidentielle. 

En effet, du contenu famille et vie quotidienne est impulsé depuis le début du mois de septembre (la rentrée scolaire ou la braderie de Lille par exemple). L’objectif est de montrer une vie quotidienne classique et une image similaire à sa base électorale. 

Gabriel Attal et le parti présidentiel

Gabriel Attal est l'un des hommes politiques le plus suivis sur les réseaux. (c)Marianne
Gabriel Attal est l'un des hommes politiques le plus suivis sur les réseaux. (c)Marianne

Autre exemple : Gabriel Attal. L’ancien Premier ministre que j’avais eu l’occasion d’interviewer en février 2024, s’est aussi lancé dans la course à l’Élysée depuis le 22 mai 2026 (source : Radio France). Fort de ces presque 700 000 followers sur TikTok et ces 500 000 abonnés sur Instagram, le désormais proclamé candidat à l’élection suprême est lui aussi très actif dans la sphère numérique et digitale. Vidéos coupées et rythmées à la perfection, hooks maîtrisés, … Il y a une réelle volonté de capter l’électorat jeune et les futurs citoyens encore mineurs qui pourraient utiliser ces plateformes. Ce qui différentie Gabriel Attal dans sa manière de communiquer, c’est une stratégie de montrer les coulisses et les bloopers (moments off et les ratés). Par ce biais, cette stratégie peut aussi faire passer Gabriel Attal d’homme politique à « influenceur ». 

Par ces deux exemples, nous pouvons donc en déduire que le parti Écologiste essaie de communiquer comme un influenceur « lifestyle » pour se rapprocher de leurs électeurs et en capter d’autres en jouant sur une image « accessible et fun ». 

Jordan Bardella et le Rassemblement National

À cela s’ajoute un avantage plus impactant encore. Certains dirigeants de partis politiques mouillent la chemise pour parler directement au travers des réseaux sociaux et ainsi toucher un électorat plus jeune. L’intérêt est non seulement de convaincre de nouveaux électeurs et d’élargir leurs bases électorales respectives, mais aussi de capter l’attention des jeunes générations (Alpha notamment).

Ces dernières, n’ayant pas encore le droit de vote et ces jeunes gens étant encore largement mineurs, ils pourraient adhérer aux discours prononcés et aux arguments proposés dans les contenus diffusés. Mais plus précisément, certains partis politiques pourraient utiliser les réseaux sociaux pour toucher les parents et influencer leurs votes en leur faveur grâce à leurs enfants. Pour illustrer ce propos, nous pouvons tout d’abord parler du Rassemblement National. 

La communication de Marine Le Pen et de Jordan Bardella respectivement dotés d’1,5 millions d’abonnés et 2,4 millions d’abonnés sur TikTok, est basée sur l’intime et la proximité avec son futur électorat. D’après un sondage IFOP-Fiducial de la fin du mois d’août 2026, « les jeunes générations aujourd’hui pour cette élection présidentielle font le choix de la radicalité. Deux tiers d’entre eux se portent sur Jean-Luc Mélenchon (37%) ou Marine Le Pen (29%) ». Il faut donc pouvoir leur parler directement, en utilisant leurs codes sur les médias sociaux pour les capter et les fédérer davantage autour de leur projet politique. 

Néanmoins, nous pouvons observer deux parties dans la stratégie de communication du Rassemblement National sur les réseaux sociaux. Il y a deux temporalités : Marine Le Pen offre une communication plus léchée, plus sobre et mets en avant des sujets de fond et importants pour les français (sécurité, pouvoir d’achat, …). Malgré sa condamnation pour détournement de fonds publics (article n°432-15 du code pénal) en juillet 2026 à 3 ans d’inéligibilité, la candidate à l’Élysée souhaite montrer une image présidentiable auprès de ces audiences.

De l’autre côté, Jordan Bardella, un temps désigné comme le successeur naturelle de la fille de Jean-Marie Le Pen, est aujourd’hui rétrogradé au rôle de Premier ministre en cas de victoire du RN. Ainsi, le contenu diffusé par Jordan Bardella est un plus proche des jeunes générations. Pour se faire, on montre des photos d’enfance, on célèbre son anniversaire, on montre Jordan Bardella en séance dédicace avec des adolescents ou jeunes adultes, … Bref : par l’intermédiaire du n°2 du parti, il doit y avoir une proximité avec les 18-35 ans.

Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise

Autre exemple. Jean-Luc Mélanchon est suivi par +900 000 abonnés sur Instagram et +3 millions d’abonnés sur TikTok, le chantre de La France Insoumise est majoritairement suivi par les 18-35 ans. La stratégie de communication du parti est largement constitué d’un message d’espoir et d’« Homme providentiel » et proche des minorités. Des musiques dynamiques, actuelles et entraînantes, des cuts savamment arrangés, des images d’union au sein du parti, … Tout est pensé pour attirer l’attention des jeunes générations, 

Ainsi, en étant massivement présents sur les réseaux sociaux, les candidats à l’Élysée, tous partis confondus, veulent toucher massivement non seulement leurs électeurs acquis, mais aussi les jeunes adultes et jeunes actifs. C’est ici que se trouve les futurs viviers de voix. Et pour avoir la chance de convaincre le plus de monde possible : certains partis politiques peuvent se rapprocher de certains influenceurs et tenter de les séduire. L’idée est d’en faire des ambassadeurs !

Un influenceur doit-il donner son avis et ces opinions politiques ?

Une prise de position politique très risquée dans le monde de la publicité

À chaque échéance démocratique, les influenceurs sont approchés par les partis politiques et ce, qu’ils soient de gauche ou de droite. Se pose alors une question : l’influenceur doit-il rester neutre ou prendre position d’un point de vue politique ? C’est ce que nous allons essayer de décrypter dans cette dernière partie. 

En tant que personnalité publique, suivie parfois par des milliers ou centaines de milliers d’abonnés, un influenceur doit faire attention à chaque prise de parole sur ces réseaux. La plupart des influenceurs réservent leurs avis sur les sujets d’actualité ou politiques pour plusieurs raisons. Tout d’abord, une prise de position publique est un risque pour l’image véhiculée en public : donner son avis politique est un DANGEREUX. Un risque de perdre des abonnés voir des partenariats.  Cela peut-être lourd de conséquences. 

Ensuite, des influenceurs souhaitent séparer leur « vie publique » et leur « vie personnelle ». Considérant que leurs opinions personnelles n’ont pas à être visibles au grand jour et que cela relève de la vie privée, beaucoup de créateurs de contenus les gardent pour eux. 

Enfin, un dernier problème peut subvenir pour un influenceur qui voudrait partager ces opinions politiques ou qui s’engageraient pour ou à l’encontre d’un parti en particulier. La confiance des abonnés envers le créateur pourraient s’étioler. En effet, comment ne pas soupçonner un conflit d’intérêt lors d’une prise de position politique ? (Autrement dit, sous couvert de rémunération, l’influenceur parlerait du programme ou des actions de telle ou telle mouvance politique). Il y aurait ce que l’on peut appeler une sorte d’ingérence !

Dans quel cas est-ce légitime de prendre position en tant qu'influenceur ?

Néanmoins, certains influenceurs décident d’exprimer publiquement leurs avis et opinions politiques respectifs. Nous pouvons analyser deux cas de figures uniquement. Tout d’abord, il peut arriver que dans certains cas, des créateurs de contenus ayant une forte personnalité ou une thématique liée à la politique de manière directe ou indirecte puissent parler ouvertement de leurs préférences politiques. Cette totale transparence à ce sujet est réfléchie et devient une argument marketing supplémentaire directement inscrit dans un storytelling et personal branding pensé à l’avance et maîtrisé.

À cela, s’ajoutent les influenceurs politiques. À l’instar du YouTubeur Papacito ou l’instagrammeur Baptiste Marchais considérés comme appartenants aux mouvance d’extrême droite mais aussi Clément Viktorovitch ou Camille Étienne pour la gauche : de plus en plus d’influenceurs spécialisés dans la vulgarisation politiques émergent et gagnent en popularité depuis quelques années. Chacun représentants un « camps » précis (droite ou gauche), ces créateurs de contenus diffusent les arguments et actualités politiques du moment comme la question du voile, l’environnement ou le véganisme par exemple. Souvent proches ou sympathisants des partis politiques, ces personnalités sont considérées comme légitimes à donner leurs avis publiquement. 

Ces créateurs sont donc de vrais soutiens pour recruter de nouveaux sympathisants et récolter de nouvelles voix pour les élections d’avril 2027 … Ils ne sont pas forcément neutres. Il faut avoir cela en tête quand on consulte leurs contenus. 

En résumé, la campagne présidentielle qui s’ouvre est considérée comme l’une des plus importantes de la Vème République. Faisant remonter les fractions et divisions au sein de la société, chaque parti politique se livre une bataille effrénée pour décorer la fonction suprême et s’installer au palais de l’Élysée. Et pour y arriver : il faut rencontrer, débattre et convaincre les français. 

Ainsi, pour se faire et contourner les règles de temps de parole imposées par l’ARCOM, les candidats se sont engouffrés tous sans exception sur les réseaux sociaux : le seul média non contrôlé par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique devient un formidable terrain de jeu pour s’adresser et séduire les français de manière directe et sans concessions. 

Pour aider à la stratégie de communication des partis politiques : certains tentent d’avoir recours aux services des influenceurs. Cependant, cette idée est loin d’être évidente.

Outre les influenceurs spécialisés en politique, la plupart des créateurs de contenus souhaitent rester neutres et ne pas exprimer leurs idées politiques.

Et ce afin de vouloir préserver la confiance de leurs audiences, mais aussi pour éviter le bad-buzz ou la perte de partenariats.