Amusantes, terrorisantes ou totalement folles, ... les gargouilles ont toujours fascinées. Souvent méconnues et ignorées, elles font pourtant partie du patrimoine français !
Je l’avoue, quand je visite une ville, je ne pense pas toujours à lever la tête en l’air. D’abord parce que sinon je suis quasiment sûr de me prendre un lampadaire mais aussi parce qu’aujourd’hui (malheureusement) on a plus facilement les yeux sur son téléphone.
Mais lever les yeux au ciel permet de découvrir une ville de manière insolite et de découvrir un patrimoine plus confidentiel.
Épis de faitages, sculptures ou toitures à motifs, … Il y a tant de choses à voir.
Parmi ces richesses insoupçonnées je vous propose aujourd’hui d’arpenter le centre-ville de La Rochelle d’une manière un peu différente : à travers ses gargouilles.
Les gargouilles : des vieilles pierres à l'histoire passionnante !
Des gargouilles et des chimères, quand Victor Hugo s'en mêle
Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais commencer par faire un petit point vocabulaire. Savez-vous quelle est la différence entre une gargouille et une chimère ? Si vous donnez votre langue au chat, pas de panique, je vous explique tout.
Il faut dire que confondre les deux est plutôt courant depuis l’édition du roman « Notre Dame de Paris » de Victor Hugo. L’ouvrage édité entre 1831 et 1832 et repris en 1996 par Walt Disney pour la création du film d’animation « Le Bossu de Notre-Dame », font tout les deux une place de choix aux gargouilles.
Mais voilà, petit souci : au XIXème siècle, la mode était aux raccourcis historiques et patrimoniaux. Ainsi, on colle aux gargouilles un imaginaire qui en réalité est propre aux … chimères. Ainsi, en ayant mixé les deux éléments architecturaux qui – nous le verront plus tard – sont différents, Victor Hugo à mis (un peu) le bazar dans l’esprit de ses lecteurs. Autrement dit, aujourd’hui on ne sait plus qui est qui !
Une chimère est en réalité un élément sculpté à la forme le plus souvent animale et/ou fantastique. Il s’agit d’élément architecturaux situés en hauteur totalement imaginaires et décoratifs. Les chimères sont présentes sur les édifices publics (souvent des églises) et privés (des façades d’hôtels particuliers) pour faire référence au mal et au diable. Il faut bien imaginer qu’autrefois le simple manant ne savait pas lire, il ne fonctionnait qu’avec des images. Ainsi, se retrouver en face de bêtes terrifiantes en levant les yeux vers le ciel était un moyen pour l’église et le monde spirituel de contrôler les croyances en diffusant un message de peur et de crainte auprès des paroissiens.
Contrairement aux gargouilles, le rôle premier des chimères était donc de protéger spirituellement le lieu sur lequel elles ont été apposées.
Des origines médiévales : vraiment ?
Comme je le disais juste avant, avec la popularité et l’émoi suscité lors de la sortie de « Notre-Dame de Paris » et « Le Bossu de Notre Dame« , bon nombre de personnes associent les gargouilles au Moyen-Âge. Et si la réalité n’était pas aussi simple …
Il semblerait que les premières gargouilles soient plus anciennes que ça. D’après le blog L’Histoire de l’Ombre, de premiers prototypes auraient été recensés sur certaines façades de temples étrusques ou antiques (notamment en Égypte). À l’époque, elles n’étaient pas situées en haut des édifices, mais à hauteur d’Homme. Ces lointaines cousines des gargouilles médiévales auraient eu la forme et les caractéristiques exacte des chimères que nous évoquions juste avant (à savoir des animaux plus ou moins imaginaires).
Mais il est important de préciser que ce n’est pas parce que certaines théories historiques confirment cette hypothèse que Victor Hugo avait totalement tord. En effet, l’intrigue du roman se déroule au XVème siècle, en plein milieu du Moyen-Âge.
Pour info, la période médiévale est réellement l’âge d’or des gargouilles en France. Dès le XIIIème siècle, celles qui n’étaient jadis que de simple éléments architecturaux totalement lisses, prennent toute leur noblesse en se parant de décorations en tous genres. Tantôt aux allures animales ou humaines, elles deviennent de vraies gardiennes morales et symboliques des édifices sur lesquelles elles sont posées. On estime par exemple que les premières gargrouilles anthropomorphes (aux allures humaines ou animales) sont sculptées en 1220 lors de la construction de la cathédrale de Laon puis puis tard lors de l’élévation de Notre-Dame de Paris.
Mais au fait, ça sert à quoi une gargouille ?
Cette prolifération des gargouilles en haut des églises et des cathédrales à l’époque médiévale n’est pas anodine. C’est même tout réfléchit en réalité ! Dans cette période troublée, le royaume de France cherche un moyen de canaliser et de gérer les écoulements d’eau dans l’espace urbain. Cette évolution des gargouilles se déroule également en parallèle de la naissance de l’architecture religieuse gothique.
Ainsi, pour ces deux raisons, on décide d’inventer un nouveau système plus fiable. En effet, en plus d’une volonté esthétique et pratique, l’apparition des gargouilles réponds aussi à une demande sociale.
Les habitants des villes – et notamment de la capitale – commencent à en avoir assez de se retrouver arrosés par l’eau qui dégringole des toitures lorsqu’il pleut. Il faut dire qu’avant l’arrivée des gargouilles, les gouttières n’existaient pas. On creuse alors des chenaux de pierre qu’on relie avec des orifices. Et dans ces orifices se trouvent … les gargouilles bien sûr !
Vous l’aurez donc compris, la mission principale des gargouilles et des permettre l’évacuation des eaux de pluie de manière plus simple et pratique. Grace aux gargouilles, les murs sont protégés de l’humidité et la toiture n’a plus a supporter le poids des eaux stagnantes. Mais en dehors de ça, nous pouvons aussi distinguer un deuxième rôle plus spirituel et social. Plus les gargouilles sont travaillées et plus elles symbolisent la puissance de l’institution ou du propriétaires du bâtiment sur lequel elles sont apposées !
De manière générale, les gargouilles se déclinent en deux catégories :
- Les gargouilles à caractère religieux (soit construites sur une église/cathédrale ou présentant un thème pieux ou en lien avec les 7 pêchés capitaux),
- Les gargouilles plus civiles construites sur les demeures privées. Celles-ci représentent la plupart du temps des animaux ou des sujets en lien avec l’histoire des propriétaires,
Partir en famille à la chasse à la gargouille en plein coeur de La Rochelle ...
Bien entendu, vous vous en doutez, dans cette véritable frénésie durant le Moyen-Âge, la ville de La Rochelle n’échappe pas à la « gargouille mania » ! C’est ce que je vous propose de voir dès à présent dans cette seconde partie. Et vous allez voir, qu’elles représentent des animaux, des humains, des monstres ou autres sujets plus symboliques : les gargouilles témoignent encore une fois de l’histoire de la cité Rochelaise au fil du temps.
Ici, j’ai choisi de classer les gargouilles par catégories pour rendre mon propos plus compréhensible. Vous allez pouvoir retrouver des adresses précises et surtout des analyses détaillées de chacune des gargouilles évoquées (en somme, je vous propose un petit catalogue des gargouilles de La Rochelle).
Précision : Au total, on ne dénombre pas moins de 196 gargouilles dans tout le centre-ville, il ne sera pas question ici de toutes les évoquer. Ainsi, au détour d’une rue vous pourrez en croiser d’autres. Ouvrez l’oeil …
Tout un bestiaire à découvrir au fil des rues !
Se plonger dans l’univers des gargouilles, c’est aller à la rencontre d’un monde aussi extraordinaire qu’inconnu. Nous l’avons un peu évoqué dans la première partie de cette balade, les gargouilles représentent souvent des figures imaginaires (un mélange de plusieurs animaux réels et fantastiques) .
Mais figurez-vous qu’à La Rochelle, vous retrouverez davantage de sculptures de vrais animaux que d’être surnaturels. J’aimerais donc vous présenter un éventail de charmantes petites bébêtes que vous pourrez retrouver lors d’une balade en centre-ville de La Rochelle :
- Rue Saint-Jean du Pérot : 2 gargouilles représentant 1 mouton et 1 lion au dessus de Chez André.
- Rue de la Chaîne : 2 gargouilles de chien féroces – avec les crocs (surement du XIV/XVème siècles).
- Rue de la Grille (façade et campanile de l’Hôtel de Ville) : 2 gargouilles griffon (et 3 chimères : 1 chat, 1 chien et 1 singe).
- Rue de la Ferté : 1 gargouille représentant 1 animal fantastique d’un cheval à nez de cochon.
- Rue des Merciers : plusieurs gargouilles représentant 1 dauphin, 1 chien loup et 1 lion.
- Rue Eugène Fromentin : 1 gargouille hybride entre un crocodile et/ou un hérisson.
- Rue Nicolas Venette (sur la façade de la maison éponyme) : 5 gargouilles de lion, sanglier, dauphin et 1 chien féroce montrant ses dents.
- Rue Pernelle : 1 gargouille représentant 1 singe et 1 autre montrant 1 lion.
- Place de la Chaîne (façade de l’Abri du Marin) : 2 gargouilles de dauphin.
- Cour des Dames (sous La Storia) : 1 gargouille originale représentant une tête humaine (unique en centre-ville !).
- Quai Valin (au niveau de l’hôtel La Tour de Nesle) : 1 gargouille cheval/pégase.
Le dauphin
La représentation du dauphin se retrouve à de nombreuses reprises dans les rues de La Rochelle. La présence de cet animal peut avoir plusieurs significations … Tout d’abord, s’agissant d’un animal aquatique, il est tout à fait logique de le retrouver à La Rochelle (une cité atlantique). Mais, selon l’histoire de la symbolique des animaux, une représentation de dauphin serait une manière pour les propriétaires des lieux de montrer sa sagesse, sa prudence et sa vertu. Enfin, d’après mes recherches, le dauphin peut aussi être un clin d’oeil au Dauphin, titre porté par le 1er fils du roi de France.
Le lion
Vous l’avez deviné : le roi de la jungle est le 2ème animal le plus représenté dans le paysage des gargouilles rochelaises. D’une manière générale, le lion est l’un des animaux le plus représentés en sculpture en France (que ce soit en marbres, en tuffeau, …). Ici encore, les représentation du lion sont multiples. Sa présence sur les gouttières peut montrer une image de bravoure et de justice de la part d’anciens habitants. Mais il peut aussi présenter une volonté d’indépendance et de liberté (notamment le cas dans la communauté Juive).
Enfin, chose plus surprenante, chez les chrétiens, le lion symbolise une entité ecclésiastique. Il semblerait que ce soit une manière de présenter et de démontrer la puissance de l’Église aux passants !
Le chien
Après le lion, parlons d’un animal beaucoup plus petit (mais qui peut être tout aussi féroce si on le cherche). Nous allons parler de la représentation du chien en sculpture. Considéré comme le meilleur ami de l’Homme, il est souvent représenté sous les traits d’un lévrier (quand il s’agit d’un propriétaire noble) et d’un épagneul, caniche ou autre Cavalier King Charles lorsque les propriétaires étaient de simples bourgeois.
Sous l’Ancien-régime, celui qui se faisait faire un chien dans l’histoire de l’art (peinture ou sculpture) montrait le message aux passant de sa soumission et de sa fidélité vis à vis du pouvoir royal ou municipal d’une ville.
Le cheval/Pégase
Contrairement à d’autres animaux plus exotiques (dont nous allons parler juste après), la présence du cheval ou de sa représentation fantastique n’a rien d’étonnant sous l’Ancien-Régime. Si aujourd’hui nous avons des tracteurs pour les cultures, des bus ou des voitures privées, il faut bien avoir en tête qu’avant la fin du XIXème siècle, la société française est rythmée par le pas du cheval. Présent à la fois au dans les champs pour pousser le soc d’une charrue, dans les villages pour transporter des biens et marchandises ou encore dans les villes pour un usage domestique pour les personnes les plus fortunées : c’est un animal indispensable. Retrouver le cheval sous forme de pégase dans le monde artistique et en sculpture symboliserait la spiritualité et la paix. Mais dans d’autres peuples et cultures (y compris en Occident), le cheval est synonyme de grâce, d’élégance, de beauté et de … liberté. Ce n’est donc pas étonnant de le retrouver sur la maison dite de « Nicolas Venette » (symbole de la liberté intellectuelle au XVIIIème siècle) ou sur l’emplacement d’un ancien bâtiment qui cernait autrefois le port avec ses deux tourelles.
Le singe
Après les animaux classiques, on va commencer à partir vers des horizons … plus lointaines ! Au total, j’ai pu repérer 2 gargouilles représentant un petit singe (type ouistiti ou petit chimpanzé). Pour la petite histoire, malgré une connaissance de l’animal dès l’Antiquité et le Moyen-Âge, c’est au XVIIème siècle que les français de l’aristocratie et les cours européennes se prennent d’affection pour les singes. On en retrouve notamment quelques spécimens dans la Ménagerie de Louis XIV ou dans des salons littéraires et cours princières des plus grandes familles du royaume de France. Le singe est importé en métropole par le biais des Traites Négrières et du commerce triangulaire. Les grands planteurs rapportent ces petites créatures comme objets de curiosité et animal de compagnie « à la mode ».
Le singe s’intègre progressivement à la société française et symbolise alors la luxure. Mais dans la sculpture, lorsqu’il est représenté sur une gargouille par exemple, le singe est synonyme de la race entre la bête et l’être humain (avec un rapport direct qui est alors fait avec les personnes Noires).
Mais la présence du singe dans le bestiaire représenté en sculpture détient un sens caché. En effet, au XVIIIème siècle, on cherche à animaliser toutes les strates de la société pour désigner les caractères et les vices de chacune d’entre elles. Là ou le cheval sera le symbole de la noblesse (comme vous l’avons dit plus haut), le singe sera alors une représentation permettant aux propriétaires des lieux de se moquer directement de la noblesse et de l’ordre social. En bref, il s’agit ici d’une sorte de satire des puissants qui est montrée aux passants (sous couvert des gargouilles notamment).
Le hérisson & crocodile
Alors là, on rentre dans une dimension totalement inattendue. Avant de me plonger dans l’analyse des gargouilles rochelaises, je ne m’attendais pas du tout à tomber sur de telles représentations d’animaux. Cette gargouille située rue Eugène Fromentin est assez complexe. Autrement dit, je ne saurais dire s’il s’agit d’un hérisson ou d’un crocodile. Dans le doute, je vais vous donner les deux explications et significations pour les deux hypothèses.
On commence par le hérisson ! Avec le rouge gorge, il est aujourd’hui considéré comme l’ami du jardinier. Cette adorable petite boule de pics au museau pointu représente à la fois une dimension solaire (ne me demandez pas pourquoi – peut être sa forme ronde quand il se mets en boule ?) mais aussi et surtout avec ses picots, il est aussi synonyme de quelque chose d’intouchable. De part ses capacités hors normes – il résiste au venin de serpent et arrive à voir parfaitement la nuit – le hérisson commence à voir le jour dans les sculptures et les blason au Moyen-Âge. Il serait la figure d’invincibilité. En clair, le hérisson, c’est le super-héros de l’Ancien-Régime : sympa non ?
Parlons maintenant du crocodile qui pourrait être également représenté sur cette gargouille. On ne va pas se le cacher, mais le crocodile … c’est moins mignon que le hérisson ! Et le moins qu’on puisse dire, c’est que son aspect est parfaitement aligné avec sa symbolique sous l’Ancien-Régime. À la fois exotique et fantasmé, le crocodile est le synonyme de la guerre/combattivité et de force. Un message sympathique que les propriétaires auraient peut être essayer de faire passer aux habitants de La Rochelle ? Qui sait …
Le sanglier
Le sanglier est le cousin du cochon. Dans l’imaginaire collectif, on pense souvent qu’il constituait la pitance quotidienne des gaulois (à tort). Animal trapu, à la large croupe et au museau écrasé : il n’y a pas à dire, le sanglier est loin d’être l’animal le plus glamour de la planète. Mais alors, pourquoi est-il représenté sur une gargouille présente sur la façade de la Maison dite de « Nicolas Venette » ?
Sous l’Ancien-Régime, le sanglier est un animal qui a la cotte et qui est plutôt noble. Il est le symbole de la force et de la fertilité pour les occupants d’un foyer. Le sanglier est une représentation d’une déesse celte de la fertilité. Ainsi, la présence de l’animal dans une représentation artistique pourrait laisser penser que les anciens occupants des lieux pouvaient être emprunts de pratiques religieuse déviantes du christianisme et plus païennes … Une autre hypothèse pourrait aller dans cette direction puisque selon l’historien Michel Pastoureau, le sanglier et plus généralement le porc étaient aussi synonymes d’un lien avec Satan. Ce qui donne une toute autre dimension à la présence de cette gargouille sur la façade de cette maison !
Le chat (chimère)
Tout à l’heure, je vous parlais du chien comme meilleur ami de l’Homme. Et bien figurez-vous qu’en 2023, les chats étaient deux fois plus nombreux dans les foyers français que les chiens. Même s’il n’est pas toujours évident de venir à La Rochelle avec son toutou (ou si vous préférez les félins), la gargouille (u plutôt devrions nous dire la chimère) située sous la campanile de l’Hôtel de Ville va vous faire craquer.
Mais en dehors d’être des petites boules de poils amatrices de câlins, les chats représentent une image et une symbolique plus sombre. En effet, depuis le Moyen-Âge, le chat est mal-aimé. Considéré tantôt comme vecteur de maladie (dont la Peste Noire et bubonique) ou comme animal de Satan, le chat est chassé des villes. Les habitants montent même des embuscades pour zigouiller ces petites bébêtes ! Sacrilège …
Présente à côté du singe sous le campanile de l’Hôtel de Ville, le chat serait donc une satire ou un pieds de nez à Satan. Mais on pourrait aussi y voir une image d’un avertissement des passants envers les pratiques déviantes qui ne seraient pas chrétiennes ! En bref, « soyez de bons croyants et tout ira bien ».
Mais malgré cette première connotation peu reluisante, nous pouvons voir un second message qui a pu être mis en exergue avec cette chimère. Au XVIIIème siècle, on quitte l’image maléfique de ce félin pour lui donner une symbolique beaucoup plus douce. Les penseurs de Lumières et les élites prêtent alors au chat des vertus de repos et de lumière. Ce qui, en étant placé sur l’Hôtel de Ville pourrait être un signal positif et de protection/de paix envoyé aux habitants de La Rochelle !
À vous de vous faire votre avis sur la question …
Des gargouilles "canon" liées à l'histoire de La Rochelle
En plus des gargouilles représentant des figures connues ou plus originales, à La Rochelle, si vous levez la tête et que vous faites attention, vous pourrez en débusquer d’autres.
Ces dernières sont certains plus simples, mais elles symbolisent et peuvent faire référence directement à l’Histoire de La Rochelle.
Tout d’abord, j’ai remarqué un certain nombre assez important de gargouilles en forme de canon :
- Rue sur les Murs
- Rue des Merciers
- Rue Saint-Yon
- Rue de Cordouan (en face de la fontaine du Pilori)
- Quai Valin (angle de la rue des Canards)
Ces formes sont plutôt surprenantes. Mais elles prennent tout leur sens dans une ville comme La Rochelle. En effet, la ville a souvent été belligérante et considérée comme indomptable par la Monarchie durant les XVI et XVIIème siècles (Cf. le Sièges de 1572 et 1627-1628).
Arborer des canons sur sa façade de sa maison était un signe de revendication d’indépendance et de l’esprit rebelle de la cité. De plus, nous pouvons y voir un message de défi et guerrier auprès des badauds ! En bref, il ne fallait pas venir titiller la famille propriétaire des lieux.
À noter que les canons sont des figurés qui existent dans d’autres villes comme à Troyes par exemple. Mais ce figuré reste plutôt rare. Idem, dans certaines rues comme la rue Vieljeux, vous pourrez croiser des modèles de gargouilles beaucoup plus simples et sans artifices. Leur forme pourrait faire penser à des canon mais il n’en est rien. La preuve en images :
Focus sur les gargouilles des Tours de La Rochelle
Voilà, je vous ai listé ici une typologie des gargouilles de La Rochelle. Mais vous pourrez vous demander : « et les Tours, on n’en parle pas ?« . Et vous auriez raison.
Parce que les Tours de La Rochelle restent indissociables de l’Histoire de la ville (quel que soit le sujet d’ailleurs !), il me semblait important et logique d’achever cette balade en analysant les gargouilles fixées sur leurs façades.
La Tour Saint-Nicolas
Je le rappelle ici, la Tour St Nicolas est érigée durant le XIVème siècle (à une date inconnue). Elle servait à la fois de tour de contrôle pour protéger l’accès au port et aux bassins, de lieu de péages pour les navires souhaitant rentrer dans La Rochelle pour décharger des denrées et aussi et surtout de lieu d’habitation pour le gouverneur et sa famille.
Mais saviez-vous qu’on retrouvait aussi bon nombre de petites bébêtes qui se pâment le long des façades extérieures ?
En observant bien, nous pouvons en effet retrouver un ensemble assez conséquent de griffons, béliers ou aigles du côté de la rue de l’Armide. j’ai même été surpris d’y retrouver une gargouille en forme de poisson … avec des dents !
La Tour de la Chaîne
Poursuivons la visite par la petite soeur. Elle servait à la fois de poudrière et de treuil pour réguler le niveau de la chaîne qui séparait l’entrée du port. Pour info, l’ensemble détenait une petite tour secondaire qui était située le long du chenal – détruite vers 1650 lors d’une grande explosion d’un stock de poudre.
Mais en levant la tête vers le chemin de ronde, nous pouvons apercevoir un ensemble de gargouilles composée à la fois de griffons, de dauphins ou encore de sortes de dragons stylisés. Au final, nous avons sous les yeux toute la panoplie du bestiaire médiéval !
La Tour de la Lanterne
Achevons notre parcours devant celle qui a longtemps été considérée comme un amer. Avec son toit en poivrière et sa base toute ronde, elle a été à la fois le lieu où les marins payaient la redevance et désarmaient les navires avant d’entrer dans le port, puis une prison politique et militaire jusqu’au XIXème siècle.
Si aujourd’hui nombre de visiteurs tentent l’ascension au sommet pour profiter du somptueux panorama à 360° sur La Rochelle, il viennent aussi admirer l’impressionnante collection de graffitis figés dans la pierre de ce qui constituaient alors les anciennes cellules de détention.
Mais en y prêtant attention, le promeneur (ou le visiteur) peut aussi se laisser surprendre par des gargouilles … un peu particulières. Nous pouvons par exemple encore y retrouver des poissons ailés avec des dents, des sangliers, des chiens et des loups ou même – plus surprenant – une … chèvre ! Tout un bestiaire inattendu à découvrir sans tarder …
Les autres gargouilles à découvrir à La Rochelle !
Ça y est, cette nouvelle balade est terminée ! Car oui, vous l’avez vu, visiter une ville ou un endroit n’est pas que regarder seulement ce que l’on a sous le nez.
Au contraire, c’est en sortant des sentiers battus et en levant les yeux vers le ciel que l’on peut (re)découvrir un site ou une cité. Au fil des rues, je vous ai embarqué dans l’histoire des gargouilles de La Rochelle.
Une fabuleuse déambulation à faire en famille sans tarder. Que vous soyez adulte ou enfant, je voulais vous proposer cette balade comme une vraie « chasse au trésor« .
Je vous laisse maintenant vous approprier ces adorables sculptures de pierre qui racontent à elles seules l’évolution de La Rochelle. Une vraie bonne idée de balade loin de la foule …
